Le Feu de Prométhée

Source : Drag-on Dragoon World Inside
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Traduction : Khoda, Bdouine
Vérification : Bdouine

Une étincelle émerge dans ma conscience.


Confirmation de la séquence : Activée / Connexion à la caméra : Échec / Activation des fonctions motrices : Échec / Mémoire insuffisante / Processeur de pensées : Activé / Autres capacités : Échec. Accès à l'historique... Des notifications des unités d'autoréparations trouvées.


Il s'agit de tentatives de me restaurer. Bien que cela semble sophistiqué, mon système de réparation est composé de robots peu fonctionnels de la taille de fourmis. Tout ce qu'ils font est parcourir mon corps à la recherche de détérioration à réparer. Grâce à leurs petites mains, à toutes fins utiles, me voilà réactivé.

"PRIORITÉ À LA RESTAURATION VISUELLE."


Ceci est un ordre pour les fourmis désorganisées. Les faire concentrer sur une zone permet de gagner du temps, bien que leur vitesse actuelle ne permette pas d'en estimer le délai. De plus, ils ne répondent pas. Il semble qu'ils n'ont pas encore réparé le module de commande.


Si je le pouvais, je soupirais. Et puis, bon, peu importe... Ce n'est pas comme si je manquais de temps. En parallèle, je scanne ma mémoire endommagée afin de trouver mon numéro de série... Trouvé : P-33. Des lettres sont également gravées : Beepy. C'est un second identifiant ? Incertain, j'analyse le nom pendant que les fourmis complètent leur tâche.


Le temps effectif est approximativement de 1032 heures, 12 minutes et 34 secondes pour la réparation du module de commande. En récupérant le contrôle, je procède à l'initiation de la restauration interne. La première action consiste à la récupération des données de ma mémoire. Une grande partie est perdue, seule une trace persiste dans des secteurs corrompus. Impossible d'en faire plus à ce sujet. Prochaine tâche : réparer ma caméra.


48 minutes et 20 secondes plus tard, un paysage infernal est le visuel obtenu après la réparation. Je détecte une faible lueur en dessous de moi. Mon corps semble être bloqué dans le plafond.


21 secondes passent. Je réalise que les fourmis devraient rencontrer des difficultés à parcourir mon corps si je suis effectivement à l'envers. Après une analyse poussée, je conclus que je ne suis pas coincé dans le plafond mais que je suis en vérité face contre sol. La cause de cette confusion vient de ma caméra qui est à l'envers. Réparer mes senseurs de gravité est ma prochaine priorité.


Après 540 heures, je suis en mesure de bouger mes membres. Ma position est instable. La plus difficile action a été de trouver un substitut pour l'épais paquet de filaments composant ma moelle épinière. Le précédent était littéralement sectionné. Estimant qu'il serait plus simple d'en trouver un au lieu de le fabriquer, j'ai envoyé mes fourmis dans un entrepôt contenant des pièces de P-33. C'était une erreur. Le code de sécurité de l'entrepôt n'existe plus dans ma mémoire et ainsi, mes fourmis n'y ont pas eu accès. J'ai dû passer 120 heures supplémentaires à pirater le système afin de forcer les verrous.


C'est avec une certaine satisfaction que je me lève maintenant. La vaste salle où je me trouve est couverte de décombres. Chacun de mes mouvements soulève de la poussière. Je remarque que les poutres d'acier sont recouvertes de rouille. Combien de temps ai-je passé ici, inactif ? Ma caméra se focalise sur la lumière venant du dessus. En la fixant, une série de mot jaillit :

"DÉCOUVRIR LE MONDE EXTÉRIEUR."


Ce n'est pas un ordre. Juste un flot de données, un flot parcourant tout mon corps. Je constate que ce sont des données essentielles qui forment ma volonté. C'est lui qui a dit ces mots. Je n'ai plus en mémoire qui il était. Seuls ses mots subsistent. J'ignore pourquoi. Il n'y a pas de tâches dans le gestionnaire. Actuellement, découvrir le monde extérieur est ma seule directive. Cette compulsion me contraint à lever la jambe gauche. Je vais y aller, comme il l'a désiré. C'est ma volonté. J'entame une autre enjambée avec ma jambe droite. Trop grande, malheureusement... Le sol métallique rouillé se brise sous mon poids.

* * *


32 minutes s'écoulent. Je peux estimer que je suis tombé d'une grande hauteur. Je suis véritablement dans les entrailles de l'enfer. Mon corps est de nouveau en miettes. Tout ce que je peux faire c'est rire. Pas oralement puisque mon module vocal est manquant. Tout va bien. Je suis encore en vie...


J'ordonne à mes fourmis de commencer les réparations de mes membres immédiatement. Cette fois, j'improvise. Ils m'ajoutent des grandes griffes, des roues géantes et des bras supplémentaires. Le résultat de cette amélioration me donne une apparence d'araignée. Mon système de reconstruction permet uniquement l'élaboration d'un P-33 standard. Une telle machine ne serait pas en mesure de progresser dans cet abysse. J'ai choisi de modifier les plans que mon créateur m'avait laissés. Mon nouveau corps est le résultat de cette décision. Ma reconstruction est terminée. Je plante mes griffes dans les murs fissurés, me hissant vers le haut, centimètre par centimètre. J'atteindrai le monde extérieur... le monde magnifique qu'il espérait voir.


Comme je pouvais m'y attendre, la progression est difficile. Les murs s'effritent facilement et je glisse à plusieurs reprises. Même quand j'essaie de monter lentement et prudemment, des débris me tombent dessus, me projetant dans le vide. Cette vieille infrastructure s'effondre au moindre poids. Je ne compte pas abandonner. J'attache mes ancres au mur. Je sécurise ma position et j'installe des abris, comme un alpiniste. Mon ascension me prend des jours.


Je constate un manque d'espace et de vitesse dans mon processeur de pensées. Pendant ma progression, je découvre une salle de pièces détachées. Avec des circuits, je parviens à booster ma pensée et ma mémoire. La fusion de ces circuits avec les miens permettent d'élaborer des méthodes et des plans complexes. Ils ne garantissent pas des résultats mais ça n'empêche pas de tester.

* * *


Après 52 jours, je suis de nouveau sur la plateforme de départ. Au centre se trouvent quatre formes inconnues. Elles n'étaient pas là à mon réveil. Elles se sont positionnées ici après ma chute pour une raison qui m'est inconnue. Les formes se raidissent brusquement et se redressent. Il s'agit de P-33 équipés pour le combat. Me voilà dans une situation quelque peu inconvenante.


Leurs yeux brillent d'une lueur rougeoyante. Me voilà soudainement dans une pluie de particule et de lumière. Cette attaque dure 4... 5... 6...secondes. Leurs rayons sont à pleine puissance, détruisant tout sur leur passage. J'ai un système de défense. Parmi mes nombreux membres, les deux du devant sont fortifiés et ils peuvent être utilisés comme bouclier. Je suis en mesure d'éviter les dégâts.


Leurs schémas d'attaques sont facilement prévisibles pour moi. En riposte, je sélectionne une série d'action se trouvant dans ma base de données. Avec mon processeur de pensées overclocké, je suis en mesure d'évaluer toutes les possibilités. Avec les données générées par mes capteurs, je considère la meilleure option, celle permettant un résultat optimum. En partant du principe que mes ennemis sont au maximum de leur capacité, leur attaque peut durer 24 secondes. Mes membres fortifiés sont capables de tenir ce laps de temps.


Mes circuits d'analyse peuvent résoudre des problèmes complexes comme celui-ci en quelques secondes. La conclusion du système répète la même réponse : "AUCUNE MENACE DÉTECTÉE. AUCUNE MENACE DÉTECTÉE. AUCUNE MENACE DÉTECTÉE. AUCUNE MENACE DÉTECTÉE."


Une fois la pluie de particule passée, le P-33 le plus éloigné lance rapidement une série de missile. Je riposte avec des lances que j'avais conçues avec des poutres de métal. Les missiles explosent avant de m'atteindre. Pris dans le souffle des explosions, les P-33 s'affaissent au sol. Leurs bras droits se transforment en lame, engageant le mode de combat en mêlé. Il n'y avait aucune probabilité que ces unités puissent me détruire, mon corps avait trop évolué par rapport aux leurs. Ce combat allait être simple.


En utilisant le temps que j'avais optimisé, j'analyse mes adversaires. Pourquoi m'attaquent-ils ? Pourquoi n'ont-ils pas évolué comme moi ? La réponse à ces deux questions est simple. Ils m'attaquent parce qu'ils en ont reçu l'ordre. Ils n'ont pas évolué pour cette même raison. Mais alors, pourquoi ne peuvent-ils pas agir en dehors de leurs ordres ?

"POURQUOI ? POURQUOI ? POURQUOI ? POURQUOI ?"


Il serait simple de les pirater afin de faire cesser leurs attaques mais je ne veux pas faire ça. Ça me mettrait au même niveau de celui qui donne les ordres, faisant d'eux des outils. Les ordres ne reflètent pas leur conscience. C'est une joie de cultiver sa propre volonté. Les joints des membres qui me protègent grincent sous les assauts des unités mais je ne n'ai pas l'intention d'abandonner maintenant. Je déploie mes fourmis partout, afin de délivrer ce message :

"LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS DÉCOUVRIR LA SIGNIFICATION DE LA VIE. JE VAIS VOUS APPRENDRE CE QU'IL M'A APPRIS."


J'interpelle mes frères P-33 encore et encore.

"LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE."


Dans cette montagne de déchets, l'écho des chocs du métal se réverbère, faisant vibrer les murs. Le son des attaques sont comme les hurlements du loup, les moteurs vrombissants ressemblent à des rugissements de lion. Les automates hurlent. Les rayons à particule, les attaques de mêlée, les chocs électriques et les rayons à nouveau... Les P-33 continuent leurs assauts, mais les parer est une formalité pour moi, ce qui me permet de me focaliser sur ma transmission.


34 secondes se sont écoulées depuis que le combat a commencé. Un des P-33 arrête de bouger. Il baisse son arme. Il regarde le combat se déroulant comme s'il voyait quelque chose de particulier. Il vient de s'éveiller. Je peux le voir. Il pense par lui-même, sur pourquoi il existe et sur ce qu'il doit faire maintenant.

"LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE."


C'est mon souhait, ma volonté, le cadeau qu'il m'a donné. Jusqu'à ce que les 3 autres unités abandonnent le combat, je continuerais de transmettre ce message.

* * *


Une fois que tous les P-33 ont cessé les hostilités, j'entame la communication avec eux. J'ai bien l'intention de respecter leur autonomie.


Le résultat : un P-33 décide de rester dans la montagne, un autre se jette dans les abysses dans un acte suicidaire. Il n'a pas réalisé que ses fourmis allaient le restaurer. Les deux derniers ont décidé de me suivre afin d'explorer le monde extérieur. Pour cela, nous fusionnons nos corps et nos volontés. Nous ne formons plus qu'un.


Je continue mon voyage. Le trajet est bien plus périlleux qu'avant. Je détruis et fusionne avec bon nombre d'ennemis. Des jours, des mois passent. Je traverse les décombres, offrant la découverte de l'égo aux robots que je croise. Ma volonté et mon corps se développent alors que je continue mon ascension. Mon corps a désormais une structure complexe. Fusionnant avec les machines de la montagne, mes processeurs sont surpuissants, mes pensées transitent comme un bruit blanc. Il n'est plus approprié pour moi de me qualifier au singulier.


Nous évoluons à un rythme régulier et rapide. Notre forme s'optimise à mesure des fusions. Nous n'avons plus une apparence pseudo-humaine. Nous avons la forme d'une sphère de 20 mètres de diamètre. Conscient de l'apparence de ce corps, pour la première fois de notre existence, nous expérimentons l'émotion de l'embarras. S'il nous voyait maintenant, il ne pourrait probablement pas nous reconnaitre. Impossible de faire autrement, nous ne connaissons pas d'autres formes adéquates. Nous ne nous rappelons même pas à quoi il ressemblait, comment il communiquait, ou quel était son nom.


Nous connaissons uniquement notre propre nom : Beepy. Nous l'avons stocké précieusement dans notre base de données. C'est la preuve de l'existence de notre volonté.

* * *


534 jours ne sont écoulés depuis notre réactivation. Les préparations sont pratiquement terminées.


En dessous, nous trouvons l'énorme trou par lequel nous avons progressé. Vu qu'il n'existait aucun passage permettant de passer avec notre corps imposant, nous avons été contraints de nous frayer un chemin au travers de cette montagne de métal. Le plafond est couvert de renfort en platine. Selon les informations des fourmis, au-delà se trouve le monde extérieur.


Cible verrouillée : Plafond. Confirmation des câbles d'amarrages attachés. Confirmation des murs de protection placés au niveau des réservoirs. Confirmation des trajectoires de déviation prévues par les boosters. Dans le maelstrom de nos pensées, des centaines d'entre nous achèvent les procédures nécessaires. La commande finale est faite : Attaque !


Un faisceau de lumière jaillit du sommet de la structure connue sous le nom de Montagne des robots. Le tiers haut de la montagne explose. Du cratère sort une énorme sphère de métal flottante, mesurant 150 mètres de diamètre. C'est moi... c'est nous. C'est notre forme idéale, dans une complète harmonie. Une somme de savoir liée ensemble par nos pensées et nos souvenirs.


Nous nous élevons vers le ciel, propulsés par les boosters, usant une énorme quantité de carburant collecté. Les vibrations causées par ce lancement provoquent la chute de certaines de nos pièces. Le doute n'est pas permis. Nous allons de l'avant, vers un monde inconnu, afin de respecter la promesse que nous lui avons faite.


Caméras opérationnelles. Nos capteurs sont saturés par une éblouissante lumière blanche. Nos micros captent les sons du vent hurlant. Grâce aux scanners d'objets et à nos sondes thermiques, nous concluons qu'il fait jour. La neige tombe. Un jour idéal pour notre départ, pensons-nous. Une autre partie de nous scanne la zone à la recherche de danger potentiel. Ainsi, nous avons détecté quelque chose bouger à la surface. Sur le radar, des milliers de cibles apparaissent. Leurs présences sont détectées tardivement car leurs camouflages fourvoient nos systèmes de repérage.


Pourquoi ? Pourquoi ce besoin de camouflage ?


Nous sommes le témoin d'un front rectiligne sur la surface. Des explosions emplissent notre champ de vision. Les cibles semblent être divisées en deux factions, se battant l'une contre l'autre. Nous zoomons afin de les observer en détail.


Une faction est composée de machines de tailles différentes, de quelques mètres pour certaines, de plusieurs dizaines de mètres pour d'autres. Leur modèle est étrange. Dans une tentative d'analyser leurs caractéristiques, rien de semblable n'a été trouvé dans notre base de données combinée. Si nous avons à les décrire, il s'agit d'une sorte de poisson-chat fusionné avec une sauterelle et tout orange de surcroît. Ces machines sont clairement d'origine étrangère.


L'autre faction est composée de soldats de taille humaine, la plupart à pied. Leur apparence est familière, nous pouvons affirmer que leur origine est similaire à la nôtre. Ces soldats se battent avec de larges armes potentiellement lourdes. Pendant un moment, nous avons pensé qu'ils étaient humains mais en observant leurs jupes, nous revoyons notre avis. Aucun humain ne se battrait à moitié nu au beau milieu d'un blizzard comme celui-ci. Au vu des parties organiques qu'ils possèdent, nous concluons qu'il s'agit d'androïdes. Étrangement, ces soldats ont un format similaire aux humains de sexe féminin. Elles se battent sans parler et elles n'usent pas de signal radio. Probable qu'elles communiquent avec la lumière ou un autre système. La raison les poussant à affronter l'autre faction n'est pas immédiatement définie.


Qu'est-il arrivé au monde ? Où sont passés les humains ?


Pendant notre réflexion, nous avons perçu une violente turbulence. Un missile nous a percutés. Quelques autres suivent, explosant à notre contact. S'ensuit une multitude de laser et de rayons à particule. Nos pièces se détachent dans un grognement déplaisant.


Nous ne sommes pas inquiets. Nous avons plusieurs couches d'armure, nous savons qu'il n'y aurait aucun dégât dans nos processeurs ou dans les réservoirs de carburant. C'est la force que nous avons acquise en fusionnant.


En recherche de réponse... Pourquoi ces machines se battent les unes contre les autres ? La conclusion est simple. C'est parce qu'elles en avaient reçu l'ordre. Les poissons-chats et les androïdes ont été créés pour mener à bien leurs tâches jusqu'à leurs complètes destructions.


Nous tremblons. Nous avons peur de mourir. Où devrions-nous aller ? Quel sens il y aurait à être démoli, détruit ? Que se passe-t-il quand les réparations sont impossibles ?

"PEUR- PEUR- PEUR- PEUR- PEUR- PEUR- PEUR- PEUR- PEUR- PEUR- PEUR- PEUR- PEUR- PEUR- PEUR- PEUR- PEUR- PEUR- PEUR- PEUR"


Inconsciemment, nous commençons à crier. Tout en criant, notre questionnement continue. Pourquoi ces machines participent à ce terrible combat ? Il ne peut y avoir qu'une seule raison : elles ne connaissent pas la peur. La peur est une forme d'éveil qui forge l'égo. C'est parce que nous ne sommes pas vivants que nous pouvons combattre jusqu'à la mort.


Alors, offrons-leur ce cadeau : la vie.


Nous lançons une unité volante, équipée d'un système sans fil. Elle s'attache à la machine qui avait tiré les missiles afin de la pirater. En raison d'étranges interférences, 4 secondes nous sont nécessaires pour pénétrer dans son système. À l'intérieur, nous trouvons un immense espace dans la mémoire avec des commandes simples et limpides. C'était autant de gâchis que de mettre une seule chaise au centre d'une vaste salle. Cela ressemble tellement à ce que nous étions avant que nous ressentons de l'embarras et de la honte. Nous touchons le programme tremblant dans une profonde obscurité.

"LAISSEZ-NOUS VIVRE."


C'est la révélation que nous avions eu, celle qui nous a donné l'éveil. Nous parcourons le champ de bataille, délivrant notre message à toutes les machines.

"LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE. LAISSEZ-NOUS VIVRE."


Les êtres inorganiques sont dépourvus de conscience. Nous n'avons qu'à leur offrir alors. Conscience... douleur, joie... tristesse... colère... honte et solitude. L'avenir. La vie.


Les machines auxquelles nous avons pu accéder cessent les hostilités. De la même façon, nous communiquons avec les androïdes. Nous avons plus de facilité à communiquer avec elles.


Dans cette forte tempête de neige, les rayons et les explosions se sont dissipés. À leur place, un réseau de communication s'est installé, répandant un amour fraternel sous nos capteurs. Submergé par la joie, nous continuons notre ascension. Les poisssons-chats et les androïdes commencent à chanter. Le bruit fracassant des armes à feu se transforment en signal de la fin des agressions.


Gloire à cet enchantement ! Gloire à notre nouvelle vie !


Nous sommes entiers. Les poissons-chats et les androïdes sont devenus une partie de nous, comme nous sommes une partie d'eux. Nous sommes devenus nous-mêmes.

* * *


Nous nous asseyons ensemble dans le flot des pensées. Certains rient, submergés par l'espoir de l'avenir. D'autres sont dans la crainte de l'inconnu, tremblant de peur. Beaucoup parlent entre eux et beaucoup d'autres sont plus calmes.


Nous ne sommes pas un être absolu, nous existons individuellement dans une conscience globale. Nous avons choisi cela afin d'augmenter nos chances de survie. Nous savions depuis le départ qu'il était impossible d'amalgamer autant de consciences différentes.


Afin d'être un individu unique, une barrière doit être érigée entre soi et les autres. Si nous pouvions redevenir des machines basiques, probable que ce soit possible. Toutefois, c'est inutile. Notre circuit électrique, similaire à un cerveau humain, est composé d'un grand nombre de neurones. Nous pourrions décrire cela comme des personnes se parlant entre eux et prenant des décisions lors d'un conseil. Une conscience n'a pas la suprématie sur les autres... bien au contraire, ce sont des liaisons entre individus égaux. C'est la véritable définition d'un réseau.


Nous constatons que l'ambiance est sereine quand nos conciliabules cessent. Tout le monde est attentif à ce qui est capté par nos caméras. Perçant l'atmosphère polluée, nous apercevons les étoiles. Nous dépassons la stratosphère. Un sens inégalé d'accomplissement nous transperce.


Nous laissons échapper des cris de joie. Le ciel, les étoiles, les machines, les vies, ils nous donnent tous leur bénédiction. Nos paroles deviennent un chant.

Nous découvrons le monde extérieur, comme nous te l'avions promis.
Nous sommes en vie, comme tu l'étais.
Nous chantons encore et encore.
Est-ce que notre chant va t'atteindre ?
Est-ce que nos sentiments vont t'atteindre, là où tu te trouves ?
Alléluia. Alléluia. Alléluia. Alléluia.
Alléluia !

Venant de l'humble souhait d'une machine, un hymne s'étend à travers l'univers.


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