La Montagne Magique

Source : Grimoire NieR -Project Gestalt & Replicant System-
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Traduction : Defade / Nashira
Vérification : Bdouine

Les gens perdent-ils de vue leur voie parce qu'ils sont humains ?
Où bien sont-ils humains à cause de cela ?
À travers les conflits et l'indignation, nous vivons.

-1-

- J'en aurais pour un bon moment. Vous devriez aller vous coucher.

Voilà tout ce que maman nous avait dit à moi et mon frère, avant qu'elle ne quitte la maison pour la montagne des robots.

- S'il-te-plaît maman, fais attention.

Je disais toujours la même chose, la regardant partir, le dos chargé d'un gros sac. Il y a longtemps, très longtemps, la montagne des robots était une base militaire. Depuis que tous les travailleurs avaient disparus en laissant la base inutilisée, il n'y restait plus que des robots. Les pièces de ces machines étaient faites en un métal très rare. Mère les récoltaient pour les revendre au magasin.

- Hum, maman...

Gidéon voulait surement lui dire de rentrer rapidement mais je secouais la tête. Ces mots étaient tabous. Il paraissait dépité alors je posais ma main sur son épaule. Je devais le retenir car je voyais bien la façon dont il trépignait, sur le point de s'élancer pour la rattraper. J'avais soudainement un mauvais pressentiment. Tout était comme d'habitude, pourtant...

- Maman...

Mon frère leva les yeux vers moi, surpris. Maman ne se retourna pas. S'arrêterait-elle si je lui demandais d'attendre un moment ? Je n'avais finalement pas essayé de le faire. Depuis ce jour, maman est partie.

-2-

Un jour après le départ de maman, mon frère n'arrêtait pas de me poser la même question :

- Est-ce que maman va bientôt revenir ?

- Elle reviendra bientôt.


D'habitude, elle était de retour le lendemain midi, affichant un air contrarié. Pour la première fois, elle n'était toujours pas rentrée alors qu'on était au soir.

- Jakob, tu l'as déjà dit auparavant.

- Ah bon ?

- Oui ! Jakob, t'es vraiment qu'un menteur !


Gidéon se mit à pleurer. Je m'occupais en préparant de quoi manger ou en nettoyant la maison. Il était trop petit pour faire quelque chose. Il devait certainement s'ennuyer.

- Elle est allée plus loin que d'habitude.

- Hé, allons la retrouver !

- NON !


Gidéon sursauta. J'avais dit cela bien trop fort. Je le réconfortais immédiatement d'une voix douce :

- Tu te souviens de la promesse que tu as faite à maman ? Celle qui dit que la montagne est trop dangereuse et que tu ne dois jamais essayer de la suivre ? Il n'y a que les méchants enfants qui brisent leurs promesses.

Gidéon changea de comportement. Il pleura en silence. Maman se fâchait et elle nous frappait que lorsque nous étions méchants. En tout cas, c'était ce que mon frère croyait.

- Approche, je vais te lire une histoire. Laquelle veux-tu écouter ?

Gidéon renifla et tendit le doigt vers son livre d'histoires favori.

-3-

Il était minuit, deux jours après le départ de maman.

Furtivement, afin de ne pas risquer de réveiller mon frère, je me glissais hors du lit et j'entrais dans la chambre de maman. On pouvait encore y sentir son parfum. C'était une odeur entêtante, qui manquait de me donner la migraine. Jamais je ne m'y ferais.

Son lit n'avait rien d'inhabituel. Avant même d'avoir ouvert les tiroirs de son armoire ou de sa coiffeuse, j'avais un mauvais pressentiment. Pourtant, je devais en avoir le cœur net.

J'ouvris les tiroirs. Je pouvais constater que ses vêtements, ainsi que sa vieille cape de voyage, avaient disparu. C'était pour cette raison que son sac était plus gros le jour où elle nous avait quittés. Sa coiffeuse était vide, elle aussi. Tous ses flacons et ses boites à maquillage avaient disparu. Tout ce qui restait, c'était une brosse à cheveux qu'elle n'utilisait jamais ainsi qu'un fer à friser.

C'était donc ça. Un jour avant que maman ne parte, un client était venu à la boutique. Il était venu d'une ville lointaine. Après avoir discuté avec lui durant un long moment, maman nous avait dit d'aller jouer dehors. J'ignore quel avait été leur sujet de conversation. Suite à cela, maman paraissait anormalement heureuse. Enfermée dans ses rêveries, elle nous avait probablement ignorés, pensant à une vie meilleure située dans une ville lointaine. Non, en fait elle était comme ça bien avant cela. Elle était toujours indifférente vis-à-vis de moi et mon frère.

(Pour elle, nous n'étions qu'une gêne... !)

Je fus tiré de mes réflexions en entendant le son d'un miroir se briser. Inconsciemment, j'avais lancé la brosse à cheveux contre la glace. Ce bruit aurait pu réveiller mon frère. Je tendis l'oreille mais je n'entendais rien provenir de notre chambre. Détendu, je ramassais les fragments éparpillés sur le sol.

-4-

Cela faisait trois jours que maman avait disparu. Gidéon pleurait et piquait des crises de colère. J'avais trouvé de vieilles pièces à la boutique et je les ai assemblées pour fabriquer des jouets. Il s'était calmé en jouant avec.

Je ne devrais peut-être pas m'en vanter, mais je suis plutôt doué de mes mains. Depuis tout petit, je ponçais les matériaux rouillés et je réajustais les pièces cabossées que maman rapportait. Maintenant, je savais confectionner divers alliages et renforcer des armes.

Maman ne m'avait rien appris. Elle détestait les travaux difficiles. J'ai tout appris sur le tas. C'était en jouant avec les outils qui appartenaient à mon père que j'ai développé mes capacités.

Alors que je nettoyais l'atelier, j'ai réalisé qu'il ne restait plus aucun matériau à vendre. D'ordinaire, maman veillait à toujours se ravitailler à la montagne avant d'être en rupture, mais elle n'était désormais plus...

Finalement, je réalisais que maman revienne ou non, ce n'était pas si important. L'important, c'était le matériel. Si l'on n'avait rien à vendre au magasin, on ne pourrait pas survivre. Que pourrions-nous faire ? Il restait de la nourriture pour quelques jours, mais en songeant à la suite, je ne pouvais m'empêcher d'être anxieux. Comment pourrions-nous survivre un mois durant ? Six mois ? Et même après ?

- Jakob ?

Gidéon me regardait inquiet. Perdu dans mes pensées je devais surement avoir l'air trop sérieux.

- Tu n'ouvres pas le magasin ?

Il est vrai que j'avais promis de tenir le magasin même en l'absence de mère. La plupart des clients ne venaient pas uniquement pour acheter des choses. Ils troquaient également nos matériaux contre de la nourriture ou d'autres vivres indispensables.

- La boutique est momentanément fermée.

- Pourquoi ?

- On n'a pas suffisamment de matériaux à vendre.

- Si maman revient...

- C'est bon !


Ma voix était plus forte que je ne l'aurais voulu. Les épaules de mon frère frémissaient.

- Ton grand frère va s'occuper de ça.

Je lui tapotais gentiment le dos. Je ne pouvais pas m'inquiéter. Je ne pouvais pas non plus m'énerver comme ça. Chaque fois que maman était contrariée et malheureuse, je ne pouvais que subir sa colère en silence. Je ne voulais pas qu'il vive la même chose.

- Tu n'as pas à t'inquiéter.

Refoulant mon ennui et mon agacement, j'essayais d'être gentil. C'était plutôt facile. Gidéon retrouva le sourire. Toutefois, maman n'était jamais parvenue à faire cet effort qui finalement était pourtant simple.

- Hé, je vais faire en sorte que ce jouet bouge plus vite.

- Vraiment ?


Le visage de Gidéon s'illumina d'un sourire. Il devait avoir oublié les problèmes liés à maman et au magasin. Maman n'aurait jamais pu en faire autant, n'est-ce pas ? Je suis plutôt doué. Même si elle ne reviendrait plus, mon frère gardera le sourire, tant que je serai là. J'en étais heureux.

-5-

Le quatrième jour qui succéda le départ de maman, Gidéon disparut. Il s'était montré agité au petit déjeuné. Le ménage terminé, je débutais d'autres corvées, c'est alors que j'avais remarqué qu'il n'était plus à l'endroit où il jouait d'habitude, juste à côté du magasin.

Il n'était ni dans notre chambre, ni dans celle de maman, ni même dans l'atelier. Je retournais toute la maison à sa recherche. Je vérifiais dans tous les endroits où il aurait pu se cacher ; l'armoire, sous le lit... Il n'était pas non plus à l'extérieur. Il n'était pas non plus près du pont qui menait vers les plaines.

Au final, il me restait la pire des possibilités : la montagne des robots. En y repensant, depuis hier, il avait à nouveau insisté pour qu'on aille retrouver maman. Il voulait surement s'y rendre seul, persuadé que je ne l'aurai pas accompagné. Prenant la direction de l'entrée de la montagne, je courrais.

(Non, il ne peut pas aller dans la montagne, car... il y a des choses qu'il ne doit pas voir.)

Lorsque j'étais plus jeune, j'avais désobéi à maman et j'étais allé dans la montagne. Gidéon n'arrêtait pas de pleurer et moi aussi d'ailleurs. J'y étais donc allé pour la retrouver. Pas beaucoup plus loin de l'entrée, j'avais entendu la voix de maman et je m'étais mis à courir. À l'instant d'après, mes jambes se pétrifièrent. J'entendis la voix d'un homme. Maman n'était pas seule. J'entendais des rires et des halètements. En me rapprochant davantage, je découvris ce que je n'aurais jamais dû voir.

Je ne me rappelle plus ce qui c'était passé ensuite. Suite à cela, je ne suis jamais retourné à sa recherche. Je ne veux même plus m'approcher de l'entrée de la montagne.

Gidéon était en territoire interdit. Je ne pouvais pas rester là à ne rien faire. Je devais le ramener rapidement. Me précipitant à travers le passage étroit, j'empruntais l'ancienne échelle.

- Jakob !

À la vue de Gidéon courant vers moi, je ne ressentais aucun soulagement, seulement de la colère.

- Regarde ! J'en ai trouvé plein ! Maintenant le magasin pourra...

Il avait les bras chargés de matériaux que je lui arrachai d'un revers de main. Des feuilles de métal bosselées volèrent sur le sol, faisant vriller mes tympans. Gidéon avait dû chercher ces matériaux suite à mes dires à propos de la fermeture de la boutique. Il pensait être félicité pour ça, exactement comme je pensais être utile à maman en travaillant les matériaux. Malgré cela, les mots qui sortirent de ma bouche furent complètement différents de mes pensées :

- Je t'avais dit de ne jamais aller dans la montagne !

La fierté sur son visage se volatilisa sans laisser aucune trace, ses yeux se remplirent de larmes.

- Je suis... désolé...

J'avais conscience que ce que je venais de faire était horrible. Je ne pouvais plus supporter de regarder son visage triste alors j'entrepris de partir. Entendant ses petits pas derrière moi, je m'avançais vers la sortie.

-6-

Cinq jours après la disparition de maman, Gidéon commença à répéter ''maman'' à tout bout de champ. Il s'était calmé après être rentré de la montagne. En vérité, je n'étais pas du genre à le punir juste parce qu'il m'agaçait.

- Quand est-ce que maman va revenir ? Allons retrouver maman... Maman, maman, maman...

Maman n'était pas plus attentionnée avec Gidéon qu'avec moi. C'était moi qui jouais avec lui et qui lui lisais des livres. Elle cuisinait mais ça, je savais le faire aussi. C'était moi qui rassurais mon pleurnicheur de frère en le tapotant sur la tête pour qu'il puisse s'endormir, pas elle.

Je n'arrive pas à comprendre pourquoi Gidéon était malgré cela autant attachée à elle. Depuis son départ, je devais tout assumer mais cela ne changeait rien aux yeux de mon frère.

J'étais frustré. Il pouvait retourner à la montagne alors je ne le quittais plus des yeux.

- On y va. On va à la montagne des robots.

- Non. Je te l'ai déjà dit, la montagne est dangereuse.

- C'était pas dangereux du tout.

- Tu as juste eu de la chance. Tu ne l'as pas croisé.

- De quoi ?

- L'affreux robot.


Il y avait toujours des robots en état de marche dans la montagne. Apparemment, ils étaient très dangereux.

- Papa a été tué par des robots.

C'était un mensonge. J'ignore comment il est mort.

- Il a été écrasé par de méchants robots, il s'est fait démembrer et il est mort.

C'était encore un mensonge mais je n'avais pas le choix. Je devais lui faire peur pour qu'il ne retourne pas dans la montagne. J'avais énormément exagéré à propos des rumeurs sur l'affreux robot et sur la façon dont papa avait été tué.

Gidéon criait de peur. Je me sentais responsable mais soulagé en même temps. De cette façon, mon frère serait épargné. Il n'aura pas à supporter des souvenirs désagréables.

- Ça va aller. Ton grand frère veille sur toi.

Si je le garde près de moi, il restera sauf. Il pleurait en m'agrippant. Alors je serrais son petit corps contre moi, je me sentis mieux que jamais.

-7-

Six jours étaient passés depuis la disparition de maman. Avant que Gidéon ne se réveille, j'avais condamné la porte arrière de la maison avec des planches, pareil pour toutes les fenêtres. Maintenant, il ne me restait plus que la porte d'entrée à surveiller.

J'avais réussi à éveiller en lui la peur des robots, mais je ne pouvais pas étouffer sa curiosité enfantine qui le pousserait à aller à l'extérieur. Même en le surveillant, mon frère voulait sortir. Je ne pouvais pas le protéger autrement. J'espérais ainsi qu'il reste là où je pouvais le surveiller.

Je restais près de lui quand il faisait des cauchemars et qu'il pleurait, jusqu'à ce qu'il se rendorme. Auparavant, j'avais enduré toutes les punitions de maman. J'avais couvert ses oreilles pour qu'il ne puisse pas entendre ses jérémiades.

(Personne ne m'avait protégé. Je veux te protéger, autant pour toi que pour moi.)

Dans la nuit, j'avais bloqué l'entrée de la montagne des robots avec de grandes caisses. Mon frère ne serait pas assez fort pour les bouger. Après ça, j'avais examiné la porte qui donnait vers les plaines.

Une porte grillagée nous séparait du pont qui donnait sur les plaines. Tous nos clients venaient de par là. C'était l'unique voie qui nous connectait au reste du monde. Si je réussissais à bloquer cette issue alors je pourrais garder mon frère emprisonné pour toujours, en sécurité, à l'intérieur de ce havre.

Toutefois, si les clients ne pouvaient plus venir, on ne pourrait plus s'approvisionner en vivres. Il ne nous restait plus grand chose en nourriture. Je ne pourrais supporter de me rationner ni même laisser Gidéon ressentir la faim.

Qu'est-ce que je pourrais faire à propos de la nourriture ? Le simple fait d'y penser me donnait la migraine. Il devait probablement y avoir des poissons sous le pont... non, je ne savais même pas pêcher. Les souris qui vivaient dans les environs du magasin ? Avec un piège, elles devaient être faciles à attraper mais j'ignorais si elles étaient comestibles... Si vraiment je n'ai pas d'autre choix, je pourrais toujours me couper un bras ou une jambe pour le nourrir avec. Il me reste encore du temps avant ça.

Vainement, je fouillais la cuisine de fond en comble dans l'espoir d'y trouver quelque chose de vaguement comestible. J'avais pensé que maman nous aurait au moins laissé un peu plus de nourriture. Non, si elle avait fait ça, elle ne nous aurait pas abandonnés. Ses seules préoccupations étaient ses vêtements et son maquillage, ainsi que cet homme qui venait la voir. Tout le reste n'était rien pour elle.

(Ça suffit. Arrête de penser à maman.)

Qu'est-ce que je pourrais bien faire demain ? C'est ça le plus important. Penser à trouver de quoi nourrir mon frère était important, néanmoins ce qui était crucial, c'était de trouver le moyen de le calmer.

Si seulement il pouvait mieux se comporter, que maman ne lui manquait pas et qu'il ne s'intéressait pas aux robots. S'il était malade, il resterait au lit toute la journée. S'il suffisait de lui lire des livres ou de jouer avec lui pour le contenter, je n'aurais pas à m'inquiéter comme ça.

Si mon frère ne pouvait plus sortir ni se déplacer, même s'il le voulait, que se passerait-il alors ?

J'ouvrais la porte de la chambre avec précaution afin de ne pas faire de bruit. Gidéon s'était rapidement endormi. Sa couverture était renversée sur le sol, perdant par endroit les plumes de son rembourrage. Mon frère avait toujours le sommeil agité. C'était moi qui lui remettais sa couverture en place plusieurs fois chaque nuit.

Si mon frère ne pouvait plus marcher, que se passerait-il ? Je pourrais le protéger bien plus facilement que maintenant. Mes mains tremblèrent légèrement, le couteau que je tenais me paraissait lourd.

(Tu ne dois aller nulle part, d'accord ? Tu n'as pas à marcher. Je te porterais dans la maison.)

Je baissais les yeux sur ses petites jambes apparentes. Ces choses devaient disparaitre. Ça sera mieux comme ça. Si mon frère ne pouvait plus marcher, je resterais toujours un ''bon frère''.

(Finissons-en avant qu'il ne se réveille. Tout ce que j'ai à faire, c'est planter ce couteau sans réfléchir.)

Est-ce qu'il pleurera ? Si c'est le cas, je le serrerais très fort contre moi. Je lui lirais son livre préféré, je lui fabriquerais d'autres jouets.

(J'ai promis de te protéger, pas vrai ? Oui, je te protègerais avec mon couteau, ici dans notre maison. Je te protégerais toujours, jusqu'à la fin de mes jours. C'est pourquoi il faut juste ce prix à payer !)

Au moment où j'allais abattre la lame :

- Jakob...

Je m'étais arrêté dans mon élan. Il parlait simplement dans son sommeil. Il affichait un sourire béat alors qu'il rêvait, un sourire débordant de bonheur. C'était ça ce que je voulais véritablement protéger. En l'observant ainsi, je sentais mes forces m'abandonner.

(Qu'est-ce que j'étais sur le point de faire ?!)

En toute hâte, je sortis de la chambre. Je voulais me débarrasser du couteau mais il était comme collé à mes doigts, il m'était impossible de le lâcher. Ma course s'arrêta devant la porte grillagée où j'agitais mon bras de toutes mes forces. Le couteau vola au-delà du pont et il disparut.

Après avoir déverrouillé les portes, je pris la direction de la montagne. Je replaçais toutes les caisses à leur emplacement d'origine, ouvrant à nouveau l'accès dans la montagne. J'étais éreinté alors que je trainais mes pieds jusqu'à la chambre. En tentant vainement de couvrir mon frère de son drap, je m'endormis dans un sommeil sans rêve.

-8-

Sept jours étaient passés depuis le départ de maman.

La nourriture manquait sévèrement et on n'avait toujours rien à vendre. Malgré ça, j'avais décidé de rouvrir la boutique. Nous devions survivre.

(Est-ce que je ne pourrais pas concevoir quelque chose en fondant les vieilles casseroles ?)

Alors que je réfléchissais, j'entendis la porte grillagée grincer en s'ouvrant. Quelqu'un était là. Je tendais l'oreille, parvenant à entendre une conversation. Ce n'était non pas un mais deux clients.

(Weiss ? Quel nom bizarre. Comment s'appelait l'autre ?)

- Jakob, j'ai faaaaim.

- Je sais, attends un peu. On a peut-être un vieux quignon de pain quelque part...


Je me mis à la recherche de quelque chose pour Gidéon. L'idée de tuer les clients pour leur voler leur argent avait germé dans mon esprit. Tous ceux qui venaient ici avaient forcément un peu d'argent sur eux. Non, je ne pouvais pas faire ça. Je n'avais aucune chance. Non seulement ils étaient deux mais il était impossible pour un gosse comme moi de tuer un adulte.

Même si tous ceux qui venaient ici étaient des enfoirés, peut-être que ceux-là étaient différents. Par ailleurs, depuis que maman était partie, j'étais devenu le tenancier de ce magasin. Ils seraient mes premiers clients. Même si je n'avais rien à leur vendre, ils étaient d'honorables personnes.

Leur conversation et le bruit de leurs pas s'arrêtèrent. La porte du magasin s'ouvrit.

- Bienvenue !

Je les gratifiais de mon meilleur sourire.


~ NOTE ~

Der Zaubergerg
Référence à l'œuvre de Thomas Mann.


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