La Petite Sirène

Source : Grimoire NieR -Project Gestalt & Replicant System-
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Traduction : Defade / Nashira
Vérification : Bdouine

Un crépuscule qui embrase et consume un espoir stérile.
Ses cris de désespoir auront-ils atteint le Seigneur ?

-1-

La rosée matinale perlait en scintillant sur les rochers de la côte. Un postier marchait hâtivement, le souffle court. De temps en temps, il s'arrêtait pour réajuster énergiquement la lanière de son large sac.

- Ah là là... Avec tout cela, ma blessure à la jambe ne pourra aller que de mal en pis, hum ?

Une grande forme ténébreuse s'étendait devant lui. Il crut d'abord qu'il s'agissait d'une montagne. En plissant les yeux, il réalisa que quelque chose d'immense était cachée dans la brume du large. Face à cette apparition, il se mit à trembler sous la peur d'avoir devant lui une Ombre. La réaction du postier était compréhensible. Récemment, des gens avaient été portés disparus en ville, les rumeurs disaient que ces disparitions étaient l'œuvre d'une Ombre. Il observa cette forme noirâtre et il constata qu'elle ne bougeait pas. Cela ne pouvait être une Ombre, elles ne sont pas aussi énormes de toute manière.

En s'approchant, il distingua un énorme navire. Le mât était abattu et le reste du bateau n'était pas en meilleur état. Peut-être avait-il été pris dans un typhon. La présence de canons indiquait qu'il s'agissait d'un bâtiment militaire.

- Je n'arrive pas à croire qu'un bateau aussi imposant se soit échoué sur nos rives...

La forme noire grinçait et craquait de manière sinistre. Ce n'était peut-être pas une Ombre, mais cela restait assez effrayant. À cet instant, le postier crut voir bouger quelque chose sur le pont. Il se figea. Y aurait-il finalement une Ombre ?

Appliquant les consignes que lui avait enseignées un ami, le postier recula avec circonspection : ne pas courir, ne pas tourner le dos, ne pas détourner le regard. L'efficacité de ces conseils était discutable, mais c'était ainsi qu'on lui avait appris à faire face aux Ombres. Son pied droit le faisait souffrir, impossible de s'enfuir en courant.

Quand il eut reculé de trois pas, un son étrange retentit, comme... une toux. Le postier s'immobilisa. Il l'entendit à nouveau. Il s'agissait bien d'une toux, celle d'un enfant.

C'est au bout de quinze secondes qu'il prit une décision. Une minute plus tard, il était en marche, déterminé. Il ne pouvait définitivement pas abandonner un enfant. Ce bateau devait avoir traversé une tempête redoutable, son état en témoignait. À bâbord, la coque était éventrée et remplie de sable.

(Je peux passer par là.)

Prudemment, le postier pénétra à l'intérieur de l'épave. L'obscurité y régnait. Quelques rayons de soleil filtraient au travers des planches et lui permettaient d'y voir suffisamment clair pour avancer. De l'eau de mer ruisselait du plafond. Il marcha en prenant garde de ne pas glisser que le sol humide. Le couloir empestait la marée.

Entendant une nouvelle quinte de toux, il traversa le couloir en ouvrant chaque porte, jetant des regards à l'intérieur des cabines en désordre, à la recherche de la personne qui toussait. Il atteignit finalement la cabine située au centre des entrailles de l'épave. La voix provenait de là.

Il jeta un coup d'œil à l'intérieur. Une fois de plus, il pouvait entendre une personne tousser. Dans cette pièce, il aperçut des membres si rachitiques qu'ils auraient pu se briser d'un simple geste, des guenilles pitoyables. Deux yeux noirs le scrutaient de manière épouvantable. Il s'agissait d'une petite fille.

-2-

- Hum, ne pourrions-nous pas obtenir d'informations plus pertinentes ?

Weiss se plaignait. Nier continua de manger son poisson, ne montrant aucun signe pouvant indiquer qu'il l'écoutait. Weiss était de nature à parler à tout moment, se moquant que ses interventions soient nécessaires ou pas. Puisqu'il n'avait rien à faire durant les repas, il parlait bien plus qu'à l'accoutumé. Nier le savait pertinemment c'est pourquoi il avait pris l'habitude d'esquiver la curiosité de Weiss pendant qu'il mangeait.

- M'écoutes-tu au moins ?

- Oui.

- Combien de temps comptes-tu encore rester ici ?

- Va savoir...

- Comment comptes-tu trouver cette Ombre ?

- Laisse-moi y réfléchir.


Cela faisait trois jours qu'ils avaient eu vent de la rumeur concernant les disparitions mystérieuses qui avaient lieu à Littoral. Ils avaient enquêté sur cette affaire à cause de son lien présumé avec les Ombres, mais ils n'avaient trouvé aucun indice utile. Tout ce qu'ils purent collecter à la fin de leur investigation furent des histoires sans queue ni tête ''d'attaques par une sirène''. S'il ne s'agissait que de folklore, ils auraient pu laisser tomber les recherches. Toutefois, la réalité était sérieuse car des gens disparaissaient. Ils ne pouvaient pas fermer les yeux sur ces incidents.

Répondant laconiquement aux complaintes de Weiss, Nier commanda deux nouveaux bols de nouilles au tavernier.

- Tu vas encore continuer à manger ?

- C'est pour Kainé et Émile qui sont à l'extérieur.


La réponse de Nier fit taire Grimoire Weiss. Probable que la proximité de la mer donnait à la nourriture de la taverne une saveur délicieuse. Après avoir survécu aux expériences culinaires de Yonah, Nier pouvait se vanter de ne pas être difficile, du moment que le plat proposé était comestible. Toujours est-il qu'il appréciait particulièrement la cuisine de cette ville. À chaque fois qu'il goûtait à un met délicieux, ses pensées se tournaient vers Yonah.

(J'aimerai lui faire goûter ce plat. J'aimerai la voir sourire.)

Son visage se décomposa. Weiss lui adressa de nouvelles plaintes, évoquant de choses exhaustives sur son propre sens du devoir.

-3-

Une nouvelle fois, le postier passait la dernière porte du couloir de l'épave.

- Tu es là ?

La pièce contenait un air humide et salé. Une petite fille sortit de sous une table déjetée. Le postier tira un morceau de pain hors de son sac, mais s'arrêta au dernier moment. S'il lui donnait, il n'aurait plus rien à se mettre sous la dent aujourd'hui. D'un autre côté, s'il ne lui donnait pas, ce serait cette petite qui souffrirait de la faim.

Ce n'était même pas envisageable. Il posa le pain sur la table et dit à la fillette d'en manger. Il en ignorait la raison mais elle était incapable de parler. Lorsqu'il s'adressait à elle, elle se contentait de répondre par des hochements de tête. Il aura fallu deux jours après leur première rencontre pour qu'elle lui réponde grâce au langage du corps.

La fillette regarda alternativement le postier et le pain durant un instant, puis elle engloutit le pain. Après l'avoir entièrement dévoré, elle fixa à nouveau le postier.

- Désolé, la ville est en pénurie de vivres en ce moment. Je ne peux pas en apporter autant que je le voudrais.

Le postier sourit honteusement en se grattant la tête. La fille le fixait, immobile. Peu importe ce qu'il lui racontait, elle ne pouvait pas lui répondre. Par quel miracle avait-elle pu survivre jusqu'à présent ?

Relevant la tête, elle se mit soudainement à humer l'air. Elle semblait avoir flairé une odeur tout en lorgnant la poche du postier. Il en tira quelques miettes et les montra à la petite fille.

- Ce ne sont que de vieilles miettes. Je comptai les donner aux phoques...

La fillette s'attaqua aux miettes et les fit croustiller sous ses dents. Dans son empressement, elle s'étouffait mais le postier la laissa faire. Il rit en lui tapotant le dos :

- Personne ne va te les piquer. Ne va pas si... aïe !

Elle l'avait mordu. Les doigts ensanglantés, le postier recula. La fillette ne le quittait pas des yeux.

- Hahaha... tu es du genre impatiente, hein ?

Il répondit en se forçant à sourire. La fille contempla le sang, le visage inexpressif.

(Quelle enfant étrange...)

Oubliant d'essuyer le sang sur ses doigts, le postier dévisagea la mystérieuse enfant.

Le jour suivant, la fille était assise sur la table lorsqu'il lui rendit visite. Le postier tira un ruban blanc de sa poche et le lui présenta. La fille réagit en le prenant entre ses mains. Elle semblait moins craintive à présent.

- C'est un ruban. Les filles en mettent dans leurs cheveux. Viens, je vais te l'attacher.

Elle se raidit lorsque le postier lui toucha les cheveux, mais elle reprit rapidement son calme.

- Qu'est-ce qui ne va pas ? Tes cheveux sont tout trempés, tu es allée à l'extérieur ?

La fille ne répondit rien.

- J'imagine que ça ne sert à rien. Voilà.

Il lui sécha les cheveux en utilisant son mouchoir. Pendant ce temps, la fillette s'amusait vaguement à tordre le ruban entre ses mains. Des reflets apparurent sur les cheveux de la petite fille. Les rayons du crépuscule perçaient les planches fendues de la cabine. Le postier plissa les yeux.

- Le soleil à cet instant de la journée est celui que je préfère... il est très doux.

Il entendit un sifflement derrière lui et sentit l'air en mouvement. Il se retourna et remarqua que la fille avait disparu.

(Où était-elle ?)

Il la retrouva, recroquevillée sous la table, tremblante.

- Ah, qu'est-ce qui ne va pas ? Quelque chose t'a fait peur ?

La fillette pointa l'index sur les rayons dorés qui perçaient la pièce.

- Je vois. Tu es restée bien trop longtemps dans le noir, tes yeux sont devenus sensibles à la lumière du soleil.

Cela dit, elle ne pouvait pas continuer à vivre ainsi indéfiniment.

(J'emmènerais cette enfant avec moi un de ces jours. Je devrai être capable de l'élever et de lui offrir une vie plus décente...)

Le soleil du crépuscule déclinait lentement...

-4-

- Maintenant que vous le dites, les disparitions coïncident avec le naufrage de ce navire sur la plage.

C'est ce que la tenancière du magasin de matériaux expliquait tout en s'affairant bien malgré son imposante carrure. Elle ajouta qu'il y a quelques semaines, un bateau impressionnant et très ancien s'était échoué sur la côte. Il avait l'air d'avoir été endommagé par une forte tempête, aucun survivant n'avait été retrouvé. En vérité, aucune dépouille n'était à son bord lorsque les habitants ont découvert l'épave.

- J'ai vu le postier errer par là-bas récemment, vous devriez lui demander.

Nier acheta du caoutchouc à la tenancière en guise de remerciement pour ses informations et quitta le magasin. Weiss flottait autour de lui en parlant :

- Le postier, hum ? Cela me rappelle cette vieille mégère. En y repensant...

À cet instant, Nier sursauta :

- Kainé !

Depuis une étroite ruelle, Kainé lui faisait signe de la rejoindre. D'ordinaire, elle ne pénétrait pas à l'intérieur des villes, vu son état. Possédée par une Ombre, elle connaissait les souffrances que provoque la discrimination. Elle touchait aussi bien ceux qui racontaient les commérages que ceux qui en écopaient les maux. Par conséquent, il n'y avait que deux raisons qui auraient menées Kainé à entrer en ville : soit il était arrivé quelque chose de fantastique, soit quelque chose de terrible. Avec un mauvais pressentiment, Nier se dirigea vers Kainé. Son sentiment de malaise grandit lorsque Kainé déclara :

- Il y a ce bateau échoué sur la côte...

Des nuages recouvrirent le ciel et l'air s'appesantit, présageant l'arrivée d'une tempête.

-5-

Le vent faisait rage. La décrépitude du navire se manifestait par des craquements sordides et angoissants pour tous ceux qui pouvaient l'entendre. La petite fille et le postier s'étaient retrouvés dans leur habituelle cabine. La fillette agrippait les vêtements du postier.

- Haha... alors il y a toujours des choses qui t'effrayent.

Le postier lui tendit un peu de nourriture mais la fillette secoua la tête.

- Qu'est-ce qui ne va pas ? Tu n'as pas faim ?

Elle hocha la tête. Les hurlements de l'océan déchainé se faisaient entendre au loin. La fillette tremblait.

- D'accord !

Le postier se releva brusquement et commença à chanter en battant la mesure de ses pieds. Il chantait faux, mais au moins on pouvait sentir l'entrain qu'il y mettait. Le corps de la petite se raidit.

- Haha... navré. On appelle ceci une chanson. Tu produis des sons depuis le fond de ton ventre, ce qui t'aide à te sentir mieux. Les chants sont porteurs des adages qui nous aident à affronter les dures épreuves de la vie. C'est pourquoi j'aime chanter. Je ne suis pas très bon, mais...

Le postier continua sa chanson. À un moment, la fille tenta de l'imiter en l'accompagnant. Son air ne ressemblait en rien à un chant. Cela ne ressemblait même pas à une voix. C'était un son horrible, semblable au bruit du papier que l'on froisse. Malgré cela, le postier se réjouit en applaudissant :

- Tu es douée ! Tu es douée !

Voyant l'allégresse de son compagnon et en dépit de l'embarras, la fillette continua d'entonner sa terrible mélodie. Son chant résonnait à travers toute l'épave. Un faisceau de lumière éclaira l'intérieur du bateau. La fillette cessa de chanter.

- Tout va bien. Ce n'est pas un éclair, c'est juste la lumière du phare. L'une de mes connaissances y habitait mais elle est décédée. Je passais souvent chez elle pour y livrer son courrier. Pour tout t'avouer, c'était une tâche exténuante... mais aujourd'hui, cela me parait nostalgique.

La fillette ne comprenait pas ce qu'il lui racontait. Il tapota sa tête :

- J'ai toujours aimé être seul. Je suis heureux en me contentant de délivrer mes lettres chaque jour, tissant le lien entre deux correspondants. Néanmoins, lors de ces derniers jours, j'ai ressenti le désir de devenir le genre de personne qui s'attache suffisamment aux autres pour vouloir à mon tour leur écrire des lettres. Ne voudrais-tu pas venir avec moi ? J'aimerais bien avoir une petite fille en fait.

Il la tira par la main mais elle se défit de sa poigne. Secouant la tête, elle indiqua le sol de la cabine. Elle recommença à chanter d'une voix stridente.

- Tu aimes être ici, hum ? C'est vraiment dommage mais j'imagine que je ne peux pas...

Il baissa les yeux vers l'endroit que la petite fille avait pointé du doigt. Quelque chose s'y trouvait. Il ne pouvait pas bien voir en raison de l'obscurité ambiante, mais quelque chose d'aqueux se reflétait. Il l'effleura du doigt et constata que c'était poisseux. Le faisceau du phare passa au travers de la cabine, le postier remarqua alors furtivement sa main qui était maculée de sang.

Le postier regarda la fillette. Seule la joie de son chant dénaturé résonnait en écho dans la pièce.

-6-

Il était difficile d'observer le navire dans son intégralité, même du haut d'une colline. Il était démesuré. La sordide épave se détachait du long des récifs, marquée d'une immense cavité sur le côté. Tout ce qui devait être solide et d'aplomb tels que les mâts étaient en grande partie cassés. Il avait réellement dû essuyer une terrible tempête.

- C'est ce bateau-là ?

Nier posa cette question à Kainé. Ils étaient venus ici car Kainé avait avancé qu'il pouvait y avoir des Ombres à l'intérieur du vaisseau. Possédée par une Ombre, elle était capable de sentir la présence de ces monstres à distance. Elle était même en mesure de comprendre leur langage, mais cela, elle ne l'avait révélé à personne, pas même à Nier.

- Ouais... mais y'a quelque chose de pas net.

La partie gauche de son corps lui murmurait que ''quelque chose'' se trouvait là-bas, à l'intérieur. Sa perception était bien différente par rapport à une Ombre ordinaire. Elle n'avait jamais ressenti cela avant. Voyant sa confusion, Weiss plaisanta :

- Finalement l'unique atout de la trainée s'avère inutile ici.

- Weiss !


Émile réprimanda Weiss. En temps normal, Kainé aurait immédiatement répliqué par une insulte telle que ''papier à la con'' où ''bouquin pourri'' mais cette fois, elle se montra étonnamment silencieuse. Chacun pouvait ressentir l'anxiété saturer l'air. Quelque chose allait mal tourner. Nier dégaina son épée.

- Il ne nous reste plus qu'à aller voir ça.

-7-

C'était une pièce obscure pourvue d'un sol recouvert de sang. Cette personne n'était plus là désormais, heureusement pour elle. La fillette tremblait dans l'angle dans la pièce. De longues griffes noires grandissaient sur sa main, telles des serres.

(Pourquoi... les choses avaient-elles tournées de la sorte ? Cette personne est-elle partie... à cause de ce maudit corps ? Je voudrais pouvoir parler normalement avec lui. Je ne veux pas qu'il me haïsse... Je ne veux pas qu'il me craigne.)

Tout en pensant au postier, la petite fille tentait de combattre sa rechute en Ombre.

(J'ai besoin de... plus de force. Si cette personne me voyait comme ça... Je veux la force me permettant de garder ma forme humaine, de sentir la lumière du soleil et de parler d'une belle voix.)

Des larmes coulèrent de ses yeux, dessinant de pâles trainées le long de ses joues. Avec l'aide de sa détermination, elle parvint à rendre à son bras ténébreux son apparence humaine.

(Si je mange plus d'humains...)

Ses lèvres frémissaient.

(Si je fais ça, je pourrais devenir humaine.)

Sa voix ne pouvait être entendue par les humains. C'était une voix semblable grincement de métal : la voix d'une Ombre.

-8-

Elle avait la gorge sèche. Même si elle serrait ses épées avec force, ses mains ne devenaient pas moites. Il faisait de plus en plus froid à mesure qu'elle s'enfonçait à l'intérieur de l'épave.

- Tout va bien ?

Remarquant son teint pâle, Nier s'enquit de son état. En guise de réponse, elle releva les coins de ses lèvres en un sourire.

(C'est pas la joie. De toute façon, ça changerait rien à ce que tu le saches. Le vrai problème se trouve devant nous.)

[Héhéhéhé... On fonce droit vers quelque chose de louche, n'est-ce pas chérie... ?]

Le ton de Tyrann était détestable.

(Il est toujours comme ça. Il aide pas, satisfait de voir la souffrance des autres.)

Toutefois, même Tyrann avait senti que quelque chose ne tournait pas rond. Comparée à d'habitude, sa voix était complètement différente. Kainé se concentra sur la moitié de son corps possédé. Elle commença à comprendre la nature de la froideur qui l'enveloppait. C'étaient des vibrations dans l'air qui faisaient écho à sa part d'Ombre. Personne d'autre que Kainé ne pouvait ressentir la sensation apportée par cette résonnance. S'il y avait un mot pour décrire cela, il s'agirait de la peur. Kainé fronça les sourcils.

(Moi ? Avoir peur ?)

Incapable d'accepter cela, elle continuait d'avancer aux côtés de Nier et d'Émile, jusqu'aux plus profonds des entrailles du bateau. Nier s'immobilisa dans les ténèbres du couloir.

- Cette pièce est la dernière.

Kainé tenta de l'avertir.

(Ne fais pas ça.)

Avant que ces mots ne puissent franchir le seuil de ses lèvres, ils s'étaient éteints dans la sécheresse de sa gorge.

Cette pièce était classique. Elle ne contenait rien à part une table et une chaise. Il n'y avait pas de hublot. Il devait surement s'agir de la cabine du capitaine. Des livres ainsi que des cartes étaient soigneusement empilées. Une petite fille se tenait à côté de l'unique table. Elle avait les cheveux noirs, la peau blanche, des vêtements sales et des yeux écarlates.

Immédiatement, Kainé comprit la vérité de cette oppressante froideur.

[Héhé... celle-ci est... vraiment dangereuse...]

Même Tyrann paraissait craintif. Cette fille était effectivement une Ombre, mais pas une Ombre ordinaire. Elle était définitivement plus ''concentrée''. Sa ''densité'' était au moins cent fois supérieure à la normale.

Une Ombre peut au mieux atteindre la taille de plusieurs humains réunis. Pour obtenir une taille plus conséquente, elle doit fusionner avec d'autres Ombres. Celle qui avait attaqué le village de Nier et la salope qui avait tuée sa grand-mère étaient de ce genre-là. Une Ombre de cet acabit possédait en elle la conscience agglomérée de toutes celles qu'elle avait absorbées. Plus elles étaient nombreuses, plus l'Ombre gagnait en taille et en puissance. Kainé l'avait compris au cours de ses combats.

Cette fillette face à eux était différente. Elle était au moins douze fois plus puissante que ces enfoirées. Kainé pouvait le certifier, toujours en proie à cette froideur qui se répandait telle une agonie sans fin.

(Malgré cette densité monstrueuse, cette Ombre était si petite...)

Kainé savait ce que cela signifiait : la fillette refreinait sa véritable apparence en y opposant une force égale. En d'autres termes, la densité que Kainé ressentait n'était qu'une minuscule fraction de sa véritable puissance.

Cette vibration qui appesantissait l'air laissait à présager que la fille n'allait pas tarder à libérer sa puissance. Kainé sentait l'énergie qui commençait progressivement à se déployer. Elle frémissait à l'idée de ce qui allait survenir. Tyrann s'écria d'une voix tremblante :

[Même cette pression qu'on sent, là... pour elle, c'est aussi facile que de respirer... hahahaha... on s'est vraiment foutu dans la merde, cette fois... hein ?]

Il y avait autre chose que Kainé avait apprise sur les Ombres. Une ombre amalgamée perd sa raison à mesure qu'elle fusionne avec d'autres ombres. À l'Aire, l'Ombre n'était qu'une géante boule de magie confuse, qui avait perdu sa lucidité suite à de trop nombreuses fusions. Le principe consistant à devenir puissant en fusionnant, d'être une Ombre amalgamée au lieu des plusieurs petites, n'était donc pas si profitable. Dans le cas présent, cette petite Ombre n'avait pas fusionné. Elle n'avait qu'une seule conscience. En d'autres termes, elle était hautement dangereuse car elle avait atteint son niveau de puissance sans avoir recourt à la fusion.

L'air était glacial, saturé de danger. La fillette ne cilla pas. Nier et Émile ne bougèrent pas. Ils ne savaient pas quel comportement adopter. C'était comme se retrouver devant une charge d'explosifs prête à sauter d'un instant à l'autre.

- Hein ? Qu'est-ce que vous faites ici ?

La voix provenait de l'entrée juste derrière eux, il s'agissait du postier.

- Vous auriez dû me dire que vous comptiez venir ici... Je voulais justement vous demander de quelque chose.

Il parlait d'un ton léger tout en posant son sac sur sol. Il s'avança vers Kainé :

- Excusez-moi, mais j'aimerai savoir... à propos de cette Larme machin-chose...

Tout cela n'avait aucun sens. Kainé remua ses lèvres sèches. Elle devait mettre les autres en garde. Elle ne pouvait pas leur dire à voix haute. Elle se tourna alors vers Nier et Émile pour former sur ses lèvres les mots :

(Celle-ci est une Ombre.)

La fillette se mit soudain en mouvement. Elle fixa Kainé. Un son inquiétant vibra dans l'air. À l'instant où le postier se pencha pour ramasser son sac, la fillette explosa en une pluie de lances noires. À proximité d'elle, Nier se mit immédiatement en garde. Les lances transpercèrent le sol et le plafond. Kainé et Émile saisirent le postier pour l'emporter vers la sortie. Nier fut projeté en arrière. Bondissant en avant pour couvrir les autres, il leur cria de s'enfuir. Les pensées de l'Ombres résonnèrent dans la tête de Kainé :

(Pourquoi suis-je une Ombre ? Par pitié, que quelqu'un me réponde ! Pourquoi ne suis-je pas humaine ? Pourquoi m'arrachez-vous cette personne ?)

[Ne baisse pas ta garde !]

Tyrann mit en garde Kainé d'un ton enjoué. À peine firent-ils irruption dans le couloir que des javelots noirs surgirent depuis les murs, le sol et le plafond. Ils venaient de la fille et les poursuivaient dans leur fuite. Nier les rattrapa en se taillant un chemin à travers les pics, mais il ne parvenait pas à en venir à bout. Désireuse de lui venir en aide, Kainé confia le postier à Émile et rebroussa chemin. Émile attrapa le col du postier inconscient entre ses dents afin de l'emporter.

- La sortie est là !

Nier cria ces mots en apercevant la lumière du jour devant lui toutefois, de nouveaux javelots surgirent pour en bloquer l'issue. Kainé bondit au-dessus d'Émile et fracassa l'obstacle d'un coup de pied. Se réceptionnant en un saut-périlleux, Kainé était parvenue à quitter le navire. Aussitôt, la sortie fut de nouveau obstruée avant qu'Émile ne put sortir. Nier était tout près derrière lui.

- Émile !

Chassant les lances noires qui continuaient de pleuvoir sur eux, Nier tenta de protéger Émile. Des mains noires jaillirent et les attaquèrent du plafond. En raison de l'impact de ces attaques, Émile ne parvient pas à garder la prise entre ses dents, perdant le postier qui tomba sur le sol, toujours inconscient.

- Ah ! Monsieur le postier !

Nier et Émile furent projetés à l'extérieur du bateau et roulèrent avec fracas sur le sable. Kainé se retourna. De nouveaux javelots noirs éventrèrent la carcasse du bateau à différents endroits. Ils semblaient s'étendre dans un premier temps pour finalement s'enrouler entre eux, prenant la forme d'un serpent. Une douzaine d'autres tiges serpentiformes s'extirpèrent de l'épave.

La brume entourant l'épave s'était estompée, la lumière du soleil était si intense qu'ils devaient plisser leurs yeux. Une telle lumière aurait immédiatement causé la mort de n'importe quelle Ombre. Toutefois, ne tenant aucun compte de ce fait, les serpents noirs étaient littéralement exposés. Leur capacité de régénération était impressionnante, de nouvelles particules ténébreuses étaient créées à mesure que leur surface brulait.

- Elle ne meurt pas... sous le soleil...

Émile était désespéré. Au centre de ce nœud se matérialisa une forme ovoïdale. Les serpents noirs ondulèrent et se rassemblèrent en se fondant dans la masse de l'œuf, décuplant sa taille. Sa surface craqua et commença à s'épeler comme un fruit mûr. Les pelures se déployèrent en deux larges ailes. Au-dessus de ces ailes, au cœur de l'œuf, le buste de la fillette se matérialisa et se mit à grandir. Son corps ténébreux bouillonnait, dépassant le pont du navire. Elle devait maintenant mesurer plus de dix mètres. D'autres ailes se déployèrent. Kainé savait qu'il ne s'agissait que de vulgaires excroissances générées par le trop grand apport en magie qui déferlait. Leur envergure atteignait pratiquement les cent mètres.

Elle dépassait à présent de plusieurs fois la taille du bateau et elle ne cessait pas de croître. De la fumée obscure émanait du corps de l'Ombre. Sa silhouette se détachant dans la lumière du soleil offrait un spectacle d'une beauté surnaturelle et macabre.

Le postier gisait dans la paume de sa main. L'Ombre géante le tenait délicatement, poussant un rugissement. Kainé et ses compagnons durent se couvrir les oreilles sous le vacarme de ce son fracassant. La vibration de l'air dédoublait leur vision. Lorsque cette clameur s'estompa en écho, elle résonna sous la forme d'une mélodie. C'était l'air de la chanson qu'entonnait la fillette pour le postier.

-9-

L'esprit de la fillette était tourmenté par la rage. Elle ressentait de la peur liée à la méconnaissance de son état et de la haine contre les humains qui avaient tenté de lui enlever le postier, le seul qu'elle portait dans son cœur.

(Peu importe le nombre d'humain que je dévore, je ne suis jamais rassasiée !)

(Personne ne m'a jamais aidée !)

(Cette personne m'a montrée ce qu'était la gentillesse !)

(Je deviendrai humaine ! Je parlerai le même langage que cette personne...)

(Je vivrais à ses côtés ! Bientôt...)

Elle enveloppa le corps du postier entre ses deux mains, prenant bien garde à ne pas le blesser. Dans peu de temps, elle possèderait le pouvoir de devenir humaine.

[Héhéhé... J'sais pas trop ce qui se passe dans sa tête, mais elle veut vraiment nous bouffer !]

Kainé savait que Tyrann criait ainsi pour tenter de masquer les tremblements de sa voix. Le postier revint à lui sous l'impulsion sonore de l'air qui vrillait. Totalement perdu au premier abord, son regard se figea d'effroi en apercevant le visage gigantesque de la fillette. Il voulut crier mais le son de sa voix resta coincer dans sa gorge.

(N'aie pas peur. Parce que je... Je deviendrai bientôt humaine.)

Après lui avoir adressé un sourire bienveillant, la fillette embrassa le postier qui était pétrifié par la peur. Ses bras se transformèrent. Des lettres noires apparurent et des pics en émergèrent. Les pics se changèrent en lance et se séparèrent de son corps, lévitant autour de la fillette monstrueuse. Une rangée de lances crochues grandissait également le long de son dos.

- Esquive !

À l'instant précis où Kainé hurla, les dards furent projetés droit sur Nier. Les lances de la fillette se plantèrent sur la plage en soulevant des bourrasques de sable. Avec une roulade, Nier esquiva tout en criant :

- Je ne savais pas qu'elles pouvaient tirer des projectiles avec leur corps !

- Celle-là n'est pas normale !


Cette Ombre ne manquait pas de ressources, elle pouvait aisément faire de son corps une multitude d'arme. Émile se créa un champ de magie afin de parer la pluie de lances.

- Je vais tenter une attaque !

De fines aiguilles lumineuses s'échappèrent de son sceptre et s'orientèrent vers l'Ombre. Sur la volonté d'Émile, des boules de magie filèrent sur leur cible, telles des comètes de lumière. Elles frappèrent l'Ombre en explosant et détruisirent deux de ses ailes. Néanmoins, ces deux membres repoussèrent immédiatement, accompagnés d'une troisième aile. Nier peinait à y croire.

- Comment... Elle est immortelle ?!

- Je vais la buter moi-même ! Barrez-vous !


Elle s'élança d'un bond et attaqua l'Ombre à l'aide de sa magie. Son assaut fut contré d'un revers de bras. Pas découragée pour autant, Kainé chargeait ses lames de sa magie tout en attaquant. Slalomant entre les attaques de son ennemi, elle se rapprocha du corps de la fille monstrueuse. Kainé n'avait pas l'intention de s'attaquer au buste de l'Ombre mais aux mains enfermant le postier.

- Ce gars est quelqu'un d'important pour toi, hein ?!

Brandissant son épée, Kainé visait la position où se trouvait le postier. La fillette, qui était restée inexpressive jusqu'à présent, écarquilla les yeux. Avant que la lame de Kainé ne puisse atteindre le postier, elle fut bloquée par de multiples mains noires. L'impact entre la magie chargée dans les armes et l'énergie de l'Ombre provoqua des étincelles. Au dernier instant, Kainé modifia la trajectoire de son offensive. Son épée vola vers la tête de la fille. Comme l'Ombre cherchait avant tout à protéger le postier, elle n'avait pas eu le temps de générer de nouvelles mains noires pour contrer l'attaque de Kainé.

L'Ombre détourna la tête au dernier moment et évita un coup frontal, mais l'épée de Kainé la gratifia tout de même d'une profonde estafilade. Du sang noir jaillit par giclée. L'Ombre poussa un cri étrange. Le postier valdingua sur le pont du bateau. Tout en se tenant le visage, l'Ombre cherchait à voir si le postier allait bien et elle réalisa que Nier et Émile s'apprêtaient à faire une attaque combinée avec l'invocation du Javelot Noir à son potentiel maximal.

- C'est terminé !

La magie éclata en même temps que les cris de Nier et d'Émile. Une lance galvanisée d'un taux de magie surchargé fondit sur l'Ombre en tournoyant avec vélocité sur elle-même. L'Ombre essaya de se protéger en l'arrêtant de son bras gauche mais la lance disloqua entièrement son membre. La fillette hurla de douleur.

- Elle n'est toujours pas morte ?!

Des frémissements étaient visibles à l'intérieur de sa plaie, comme des milliers de serpents frétillants entremêlés.

(Humaine... une humaine... Je vais... Je vais devenir humaine !)

L'Ombre leva les yeux au ciel. Des myriades d'excroissances tentaculaires émergèrent hors de sa blessure. Elles se changèrent en lames et fendirent le paysage. Kainé était trop près pour pouvoir esquiver, son bras gauche ainsi que sa jambe droite furent transpercés. Elle s'effondra sur le plancher du navire. Encore engourdi par l'utilisation d'une magie d'une rare ampleur, Nier était menacé par de nombreuses lames. Émile le protégea en le projetant hors d'atteinte. Des formes noires s'enlacèrent autour de son bras gauche.

- Guiaaah !

Le cri d'Émile était atroce. Son bras gauche tout entier était disloqué. Nier voulu l'aider mais il fut expulsé par une nouvelle salve de lames. Continuant d'envoyer ses épées, l'Ombre ne s'arrêtait pas de hurler.

(Je vais vous tuer... Je vais vous tuer !)

Haletante, l'Ombre hurlait tout en enlaçant son corps déjeté. Elle était puissante, mais même son pouvoir de régénération ne suffisait plus à guérir les dommages qu'elle avait subis. Toutefois, le groupe n'était pas encore tiré d'affaire. Personne n'arrivait à se tenir debout. L'Ombre considéra Nier avant de le saisir dans sa main noire.

- Ah... Nier est... !

Émile frissonnait en regardant le ciel. Kainé pataugeait dans une flaque de son propre sang. Au moment où l'Ombre était sur le point de d'avaler Nier...

- Arrête !

Le postier claudiquait vers l'Ombre. S'emparant d'un ridicule éclat de bois, il se dressa face à elle, les genoux branlants.

- Espèce de... monstre !

(Tu ne voulais pas...vivre avec moi... ?)

- Disparais ! Sale mangeur d'homme !

(Tu disais qu'on devait chanter des chansons...)

- Relâche cette personne !

(J'essaie de devenir humaine pour... vivre avec toi...)

- Je te déteste !

La fillette s'arrêta puis elle jeta un regard à son propre corps. Des fumeroles obscures exhalaient là où ses membres avaient été mutilés. Elle pourrait probablement récupérer de ses blessures, cela prouvait bien qu'elle était une Ombre.

(Quel est ce corps affreux ? Ce que je voulais, c'était devenir humaine, non ?)

(Avec un tel corps... Je... Je...)

Elle dévisagea le postier. Ses yeux miroitaient de colère et d'effroi.

- Meurs !

Ces mots lui lacérèrent le cœur. Ses ailes brisées s'abattirent dans l'océan. Elle comprit qu'elle ne pourrait plus maintenir ce corps plus longtemps. Elle ne se souvenait même plus du sens de sa vie. Elle laissa tomber Nier. Doucement, elle releva la tête. À l'horizon, le crépuscule enflammait le ciel de lueurs dorées. Ces mêmes lueurs que le postier préférait, celles qu'elle aurait aimé contempler sans crainte un jour, avec lui à ses côtés.

(Ah... le monde... est si magnifique...)

Kainé bondit sur elle par derrière. La fillette ne tenta même plus de résister. Il y eut un bruit de chair tranchée singulièrement écœurant. La tête de la fillette tomba lentement. Son corps titanesque se changea en un amoncellement de sable noir qui se désagrégea, emportée par les embruns, jusqu'à disparaitre complètement.

Il ne restait plus que l'épave et le crépuscule qui se reflétait à la surface de l'océan scintillant tel un joyau.

-10-

Le deuxième étage de la taverne de Littoral comprenait des chambres à louer. Les lits grinçaient désagréablement mais c'était toujours mieux que de dormir dehors. Kainé se leva tout en boitant. Cela faisait trois jours. Le postier les avait forcés à rester ici pour récupérer afin de les remercier d'avoir sauvé la ville. En temps normal, ils auraient décliné cette offre toutefois sévèrement blessés, ils ne purent refuser.

Émile était encore endormi, son bras gauche s'était régénéré jusqu'au poignet. Bien que sa capacité de régénération soit un mystère, il aura certainement restauré sa main dans les prochains jours.

(Les blessures de Nier n'étaient rien à côté. D'ailleurs, il est en train d'aider le postier avec le bouquin pourri. Ce n'est qu'une question de temps avant de quitter ce bled.)

Kainé avait un bout de papier dissimulé entre ses seins. Il était tombé du corps brisé de l'Ombre. Cela ressemblait à une lettre, elle contenait un message tracé d'une écriture affreuse, dont les lettres ressemblaient davantage à des gribouillis qu'à autre chose. D'après Kainé, ce message devait être adressé au postier. Elle avait tenté de lui transmettre, le postier refusa de prendre cette lettre. Prétextant qu'il ignorait véritablement que cette fille était un monstre, il désirait se débarrasser de toutes traces d'elle. À ce moment-là, Kainé avait pu remarquer des lettres noires sur les pieds nus du postier.

Elle profita du sommeil d'Émile pour déplier la lettre. Tyrann sembla très intéressé :

[Qu'est-ce que c'est ?]

- Une lettre... quelque chose de la part de l'Ombre pour le postier.

[Ghyahaha ! Tu parles d'une écriture de merde !]

- Elle essayait surement d'écrire de son mieux.

[Et qu'est-ce qu'il y a d'écrit ?]

Kainé ne répondit pas et déchira la lettre en morceaux. Les rayons du soleil brillaient au travers de la fenêtre. Vu de l'intérieur, l'océan paraissait si paisible. L'incident de l'épave semblait si lointain. Les morceaux de la lettre tombèrent des mains de Kainé en virevoltant.

Sur un morceau de papier, le mot ''merci'' était inscrit à de nombreuses reprises.


~ NOTE ~

Den lille havfrue
Référence à l'œuvre de Hans Christian Andersen.


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