Four - Portrait de famille

Source : Drakengard 3 Edition Collector, Novel Prelude
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Traduction & Vérification : Bdouine


- Five ! Je sais que c'est toi. Ne laisse pas trainer tes vêtements sur le sol !


Je l'ai déjà réprimandé à ce sujet. Quand bien même cette maison est abandonnée et que personne ne vit là, elle ne nous appartient pas, nous ne pouvons pas tout nous permettre. Nous nous sommes abritées ici pour récupérer de notre voyage — un point c'est tout. Quand nous partirons, il faudra remettre tout à sa place. Nous ne sommes pas des ploucs. Five balance ses vêtements et répand sa nourriture comme si c'était chez elle. Elle devrait essayer de nettoyer après elle. J'imagine que j'en demande trop à la plus jeune de mes sœurs. En grimaçant, je commence à plier ses robes. Il y a une couture déchirée sur une bonne longueur dans la manche. Bien évidemment. Elle a probablement oublié cette robe pour jeter son dévolu sur autre chose.

- Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire avec elle ?


Je laisse échapper un soupir. Non seulement j'ai à passer derrière Five, mais j'ai aussi à recoudre ses vêtements. Elle n'est pas adroite de toute façon. Si je la laissais coudre, les vêtements finiraient en lambeaux ou alors elle se piquerait le doigt et en ferait toute une scène. Mieux vaut éviter les soucis et s'en occuper soi-même. Après tout, ça ne prendra qu'un petit moment à recoudre. En inspectant la robe pour d'autres déchirures, je remarque des cheveux partout sur le sol.

- Three... Pas toi aussi...


Three avait cette mauvaise habitude : s'asseoir à des endroits improbables tout en se coupant les cheveux. Ce n'est pas la faute de ma grande sœur si ses cheveux poussent plus vite que la normale mais honnêtement elle mérite des fessés. Si c'est gênant, elle n'a qu'à directement tout couper à hauteur d'épaule. Au lieu de ça, Three ne coupe que les pointes. Elle prend juste une mèche de cheveux pour la raccourcir avec sa paire de ciseaux. Je pense que ça l'amuse. On pourrait presque appeler ça un passe-temps— plutôt étrange selon moi.


En fait, elle est un peu bizarre. D'accord, carrément bizarre. Totalement barge. Mes mots sont minces, en vérité c'est une véritable psychotique. Maintenant que j'y pense, je peux entendre schlack-schlack se rapprocher. La voilà.

- Three, tu devrais arrêter de semer tes cheveux—


J'allais dire 'partout dans la pièce' mais ces mots ne sont pas sortis dans ma bouche. Three coupe ses cheveux tout en marchant. À chaque schlack, des cheveux soyeux parsèment le sol.

- Tu veux quoi ?


Son effronterie me coupe le souffle. Si c'était Five, j'aurais hurlé 'Arrête de mettre le bordel !'

- Three, tu ne devrais pas couper tes cheveux en marchant.

- Pourquoi ?

- Pourquoi ? Parce que... Parce que les ciseaux sont tranchants, n'est-ce pas ? S'ils t'échappent des mains, tu pourrais te blesser.

- Tout va bien.


Three coupe une nouvelle mèche de ses cheveux, comme si elle voulait me dire : 'Tu vois ? Aucun danger'. Je pouvais sentir mes épaules s'affaisser. C'est une perte de temps. J'aurais dû le prévoir.

- Très bien, tu ne risques rien. Mais pourrais-tu s'il-te-plaît ramasser les cheveux que tu laisses traîner partout ? Ce n'est pas notre maison.


Je frémis à l'idée de la prochaine personne qui va venir ici et découvrir ces cheveux sur le sol. Personnellement, je serais effrayée.

- Voilà pour toi.


Je lui tends un balai, réalisant sur le coup que mon geste est vain.

- Je suis fatiguée.


C'est bien Three. Elle s'effondre sur le sol et s'endort en un instant. Pour autant, elle ne fait pas semblant, elle dort véritablement. En un sens, c'est incroyable. Je peux pas dormir si on me prive de mon coussin, mais Three— Rien ne la perturbe, elle peut se satisfaire de différents matelas, sales ou propres voir ne pas en avoir du tout. Tant qu'elle est allongée, elle peut dormir. On pourrait bâtir un toit au dessus d'elle que ça ne la gênerait pas. Peu importe si ça salit ses vêtements. Bien qu'elle semble délicate, Three est difficile à perturber.


C'est bien dommage. Three a le plus beau visage parmi nous. Même si elle est une magnifique jeune femme, elle reste effrontée, négligée et clairement cinglée. Je doute que personne ne me croirait si je devais en parler. Quel gâchis pour ces cheveux aussi. Ils sont raides, brillants avec un aspect soyeux, et voilà qu'elle est les coupe n'importe comment. Si j'avais des cheveux comme ça, je les couperais comme il faut, bien droit. D'ailleurs, si j'avais le visage de Three, on ne me trouverait jamais en train de rouler sur le sol. À sa place, j'aspirais à être présentable. Ça me dépasse de voir comment une personne qui est née si belle peut tout gâcher avec une si mauvaise attitude. Three jette les cadeaux donnés par mère nature. Elle n'est même pas intéressée à l'idée d'utiliser sa tête alors qu'elle est intelligente. J'imagine que c'est ça qui sépare les givrés des gens sains d'esprit. Je parie que les dingues ne pensent même pas à l'amour ou à mener une vie heureuse et ordinaire.


Je dispose un manteau sur Three pour éviter qu'elle ne prenne froid. Ensuite, je passe un coup de balai pour me débarrasser de ses cheveux. Au final, je repends la couture de la robe de Five. Je suis vraiment au bout du rouleau, n'est-ce pas ? Three peut paraître étrangement en dehors de tout reproche, mais je dois faire quelque à propos de Five. Nous le faisons plus de mal que de bien à la gâter ainsi. Elle prend tout pour argent content tout ça parce qu'elle est la plus jeune. Aujourd'hui, je dois enfin lui dire ces quatre vérités.


Si ce n'est pas injuste... J'étais bien la cadette avant que Five soit née, mais je n'en ai aucun souvenir. D'aussi loin que je me souvienne, Five était là et j'avais le rôle de grande-sœur auprès d'elle. Les adultes me disent que je dois murir car je suis plus âgée mais ça n'a aucun sens. Quand pourrais-je supplier pour avoir ce que je veux ou embarrasser les gens comme Five le fait ? Il est probable que je ne sois pas faite pour être une cadette de toute façon. Ma conscience et mon sens commun me réveilleraient si je tentais une combine de Five. La première chose qui me viendrait à l'esprit c'est le tracas que j'infligerais aux autres. Et plus que tout—

- Four ? Tu voulais me voir ?


Ça. Moi, je ne pourrais pas être aussi conciliante. Jamais je n'aurais la d'attendre patiemment jusqu'au moment où une personne termine de recoudre mes vêtements.

- Tu sais très bien que tu ne dois pas laisser trainer tes affaires partout. Combien de fois dois-je te le répéter ? Et regarde ce que tu as fait à la manche !

- Oh ! Ce n'est pas à moi.

- Je ne veux pas le savoir. Je m'en suis occupée mais la prochaine fois, tu te débrouilles.

- Mais ça ne m'appartient plus ! Juré.


Quel culot. Qui d'autre que Five pourrait dire une telle idiotie afin de mettre la faute sur quelqu'un d'autre ?

- Oh, Four. Désolé ! C'est de ma faute cette fois.


Cela vient d'une voix d'un garçon manqué. Ma grande sœur Two entre dans la pièce, tout en se grattant. Elle peut se montrer trop fruste sur les bords mais ça la rend adorable. Si j'agissais comme ça, les gens me prendraient certainement pour un gamin très loin d'être adorable. Si ce serait Five, ce serait encore pire. Pourquoi Two est-elle la seule à être capable de faire cet effet-là ? Peu importe.

- Mais Two, c'est bien une robe de Five.


Il n'y a pas son nom inscrit dessus mais je suis bonne à reconnaître les choses. Quand on a constamment à récupérer les vêtements des autres et les recoudre, on a plutôt une bonne idée de qui à quoi. Cette robe appartient sans aucun doute à Five. Le souci c'est que Two ne me ment jamais...

- Je vois. Five possédait cette robe.


Aha ! Mystère résolue. C'était donc ça. Je savais bien que Two ne pouvait pas me mentir. C'est censé, parfaitement censé même. Je n'ai pas besoin d'explications supplémentaires. J'ai compris. Pas la peine d'aborder ce sujet, Five ! Mais elle le fait.

- Cette robe me serrait trop du coup, je ne peux plus la mettre.


Five fait ressortir sa poitrine alors qu'elle s'explique, ce qui éveille ma colère. Une fille de son âge ne devrait pas être aussi développée de même qu'elle ne devrait pas s'exhiber ainsi. C'est répugnant. Elle devrait avoir honte d'elle-même. C'est quoi l'expression déjà ? En tant que femme, soit on a de l'esprit, soit on a des seins ?

- Five m'a dit qu'elle n'en voulait plus alors je lui ai prise des mains.


Tout en souriant, Two explique ce qu'il en est, complètement insensible au spectacle de la truie qu'on a en guise de petite sœur. Serait-ce trop demander à Two de réprimander Five au moins une fois ? C'est le rôle de la grande sœur à mon avis.

- Le truc c'est que quand je l'ai essayée, j'ai trop tirée dessus et... je l'ai arrachée.

- La couture a lâché.

- Bingo ! C'est ça, Four.


Les muscles de Two sont surpuissants, du coup, elle brise toujours des choses et elle fait des trous dans les murs. Quand elle dit : 'Oh non !', elle devient blanc comme un linge. C'est assez ironique de voir que parmi mes sœurs, celle qui a les meilleures intentions fait le plus de dégâts. Elle serait parfaite autrement.

- Arrives-tu à croire que j'ai ruiné une robe qu'on venait de me donner ? J'étais partie chercher une aiguille et du fils pour voir si je pouvais la recoudre.

- Tiens, c'est pour toi, Two.


Je lui tends la robe qui est maintenant recousue. Contrairement à Five, Two peut s'occuper d'elle-même même si elle est un peu maladroite. Elle se débrouille bien avec ses mains, c'est juste qu'elle manque d'organisation donc je m'en occupe toujours. Ça ne me gêne pas vu que Two ne tente pas de refiler ses corvées aux autres.

- Whoa ! Attends. Tu plaisantes. T'as fais ça pour moi ? C'est génial ! Comment tu as pu être aussi rapide ? C'est parfait !


Two ne fait jamais de compliment vide de sens, elle le pense toujours sincèrement. Chacun de ses actes est ainsi. Elle est joyeuse, enthousiaste, gentille et compatissante.


Néanmoins, ma sœur est si honnête que parfois ça m'inquiète. Ces mêmes qualités peuvent être utilisées contre elle. Des personnes comme elle sont facilement manipulées, n'est-ce pas ? Comme si ça ne suffisait pas, Two est agréable et attirante. Ce ne serait pas surprenant que des types louches s'adressent à elle avec des intentions bien moins innocentes. Elle semble sans défense et laisse transparaître une certaine fragilité qui la rend accessible. En vérité, c'est certainement une proie facile. La connaissant, même si elle se fait avoir, je suis sûre qu'elle s'en remettrait rapidement et en se convaincant que ce n'était qu'une erreur. Elle dirait surement 'Cette fois, je vais rencontrer le Bon' tout en se laissant mener en bateau par les hommes. En voilà un autre souci. Quelqu'un d'aussi désirable ne devrait pas jeter la vie en l'air en courant après des crétins inutiles, n'est-ce pas ? Avec un tel physique ? Parler d'un tel gâchis. Quelle tragédie. Ça me rend malade rien que d'y penser. C'est ça. Je ne fais que penser à elle !

- Four, tu as la meilleure ! Je vais l'essayer.

- Génial ! Ça me va comme un gant !


Two manifestait sa joie en tournant sur elle-même. J'avais l'impression d'être la sœur ainée.

- Alors ? Qu'en dîtes-vous ?


Five et moi hochons la tête en guise d'approbation. Le visage de Two s'illumine avec un large sourire.

- Je dois la montrer à One !


Two quitte la pièce en courant sans même fermer la porte. Ce qu'elle pouvait être enfantine. Hé oui, c'est une enfant. Pendant ce voyage, nous avons mis la raclée aux truands et aux monstres qui tourmentaient des gens innocents. Il est facile d'oublier que nous sommes encore des enfants. Et Five n'aide pas avec ses commentaires indécents et la façon qu'elle a de se dandiner.

- Four.


L'indécente créature s'avance furtivement dernièrement moi. J'ai un mauvais pressentiment.

- Alors, est-ce que je t'avais menti ?

- Non, je me suis méprise sur ton compte.

- Pourquoi est-ce que tu as à me traiter constamment comme une malfrat ? Ça me blesse.


Pour autant, rien dans ta voix ne montre que tu es blessée. Je peux sentir son corps pressé contre mon dos.

- Je suis en tord.

- Et c'est tout ? Ne vas-tu dire que tu es désolée ?

- Je suis désolée.

- Je n'ai rien entendu.

- J'ai dit : je suis DÉSOLÉE !


Argh. Je ne m'emporte pas si facilement d'habitude. Elle se croit si maligne. Idiote.

- Pourrais-tu t'éloigner de moi maintenant ? Tu m'écrases.


Elle et sa poitrine hors-norme ! Ça m'a fait craquer ! Voilà qu'elle gémit.

- Mmm... Tu n'aime pas être écrasée ? Pourquoi ? Parce que tu ne peux pas en faire de même avec tes pancakes ?

- HE BIEN, EXCUSE-MOI, MOI ET MES PANCAKES ! COMME SI JE VOULAIS ETRE COMME TOI ! ELOIGNE-TOI, IL FAIT ASSEZ CHAUD ICI ! ARRETE AVEC TES 'MMM' ! TU ES TROP JEUNE POUR AGIR COMME UNE CHIENNE LUBRIQUE. JE PARIE QUE LA NOURRITURE QUE TU BOUFFES VA DIRECTE DANS TES SEINS ET QUE TU AS LA CERVELLE D'UNE STUPIDE VACHE. TU N'ES QU'UNE MERDEUSE ! MERDEUSE, MERDEUSE, MERDEUSE !

- Oh, Four ! Arrête ! Tu es terrifiante.

- LA FERME ! SALETE DE VACHE ! VA BROUTER AILLEURS !


J'attrape tout ce qui est à ma portée pour lui balancer. Mais elle se déporte tout en gémissant. Elle évite tout, ce qui le don pour m'agacer davantage.


Je te déteste ! Je vous déteste toutes ! Je vous hais ! Je sais que je ne serais jamais aussi adorable que Two ou belle comme Three. Je sais que comparer à Five, je suis une planche à pain ! Je me déteste ! Je hais ce visage et mon corps ! Je ne suis pas charmante et j'ai certainement le visage le plus ordinaire du monde. Mes bras et mes jambes sont difformes et j'ai l'air d'une brindille. Je n'arrive jamais à coiffer mes cheveux !


Et ces ongles répugnants ! Je les hais tellement que je veux mourir. Ils continuent de pousser encore et encore et ils se recroquevillent si je ne les coupe pas. Au pire, ils cassent et s'accrochent à tout. Ils sont inutiles et j'aimerais juste pouvoir les arracher. Mes bras sont inutiles, mes jambes et mon visage aussi— Tout chez moi est inutile !


Peut-être... que je suis inutile. Moi ? Inutile ? Non ! Ce n'est pas moi qui suis inutile.


MAIS TOI, TU L'ES. TU N'ES QU'UNE PUTE A LA LANGUE DE VIPERE ! SI TU CROIS QUE CE QUI TE SERT DE SACS DE GRAISSES TE REND SPECIALE, T'ES LOIN DU COMPTE ! CETTE MERDE TE RETOMBERA DESSUS. TU N'ES RIEN ALORS DEGAGE ! CA VAUT POUR TOI AUSSI, MONSTRE MUSCLE TROP MIGNON ! COMME TOI AUSSI, LE DEMON ACCRO AUX CISEAUX ! TON GROS CERVEAU NE VAUT QUE DALLE ! TOI ET TA BELLE PEAU STUPIDE. SI C'EST TROP BEAU, POURQUOI JE NE T'ECORCHERAIS PAS POUR QUE TU PUISSES Y JETER UN ŒIL ? SOUS TES YEUX, JE L'ARRACHERAIS D'UN SEUL COUP POUR LA REDUIRE EN MIETTE ET L'ECRASER SUR LE SOL.


J'ai un fou rire maintenant. JE ME SENS MIEUX ! JE ME SENS BIEN MIEUX !


En revenant à moi, je remarque l'état déplorable de la pièce. Et pourtant, Three était toujours là, endormie. Le fait qu'elle soit parvenue à rester endormie alors que la tempête faisait rage est une sorte de miracle. Une prodige cinglée. Five a du fuir depuis un bon moment. Elle n'est pas très intelligente mais elle sait prendre la tangente.

- Je ne suis qu'une idiote.


Je sais maintenant que j'ai à nettoyer tout ça rapidement. Celui qui met la pagaille a l'obligation de nettoyer. Tout le monde sait cela. Mais quand je vois mes sœurs ne suivent cette règle, je me sens stupide d'être la seule à m'y plier. Je replace les chaises et la table que j'avais renversées. J'y pose le pichet et je nettoie le sol. Oh non. Je n'y crois pas. Ai-je lancé de la nourriture ? Five ne s'était pas fatiguée à nettoyer son coin, du coup, il y a des morceaux coincés partout. Je laisse échapper un autre soupir.

- Pourquoi moi ?


Même si Five n'a pas débarrassé sa nourriture, je suis celle qui a tout balancé. C'est de ma responsabilité. Dès maintenant, je dois veiller à limiter mes crises de nerf. Si je suis en colère, je dois prendre sur moi. Peu importe mes actes, il n'y a que moi que je blesse au final.


J'ai terminé le ménage alors je m'assois sur une chaise. Je suis épuisée. Peut-être pas comme peut l'être Three— je suis vraiment fatiguée.

- Est-ce qu'il y a quelqu'un ?


J'étais penchée, la tête posée sur la table. En levant les yeux, je remarque ma grande sœur One dans l'entrée.

- One, y a–t-il un problème ?

- Oh, contente que tu sois là Four. Pourrais-tu m'aider ?

- Dois-je réveiller Three ?


One jette à un coup d'œil à Three, qui dort comme un loir sur le sol.

- Laisse-là. Tu es plus que suffisante.


Je peux encore entendre résonner : 'Tu es plus que suffisante'. Ce sont des mots qui me font plaisir. One m'apprécie... De toutes mes sœurs, One est la plus brillante, cultivée et fiable. Elle est responsable et juste. Elle n'est peut être pas aussi adorable que Two, ou aussi belle que Three mais chacun de ses gestes sont pleins de sagesse. Voilà pourquoi c'est mon modèle. Je ne peux rien faire pour mon visage mais je peux toujours devenir plus intelligente. En plus, One est une planche à pain aussi. Du moins, pour l'instant.

- One, en quoi puis-je t'être utile ?


Je pose cette question en la précédant.

- Réparer une charrette. J'en ai obtenu une dans une ferme voisine.

- Une charrette ? Pourquoi faire ?

- Il a quelque chose dont nous devons nous occuper avant de continuer notre route.


Je peux voir dans sa silhouette et son visage une grande détermination. C'est une expression qu'elle a avant de se lancer dans un combat. Il ne s'agit de combattre pour nous mais pour les autres : le peuple oppressé. One n'est pas du genre à rester les bras croisés devant une injustice.


Parfois, je suis navrée pour elle quand elle se comporte ainsi : elle a tant de responsabilités. Et ce n'est pas vraiment l'aînée en plus. On pourrait dire qu'elle a obtenu ce rôle car elle a été propulsée en haut de l'échelle. La vérité c'est que One est également la petite sœur de quelqu'un. Quelqu'un qui devrait porter toutes les responsabilités et nous dire ce que nous devons faire...

- Euh... Ecoute. Tu sais que je suis prête à tout pour te venir en aide, d'accord ? Tu n'as pas à tout prendre sur toi.


One semble surprise mais ses traits s'adoucirent.

- Merci.


Two n'est pas fiable, Three est trop étrange, Five est égoïste. Ça signifie que je dois aider One. Bien qu'elle soit digne de confiance, elle essaie d'endosser le rôle de quelqu'un d'autre et ça ne doit pas être simple. Ne t'inquiète pas. Je suis là pour toi. C'est ce que font les petites sœurs pour leurs aînées. Enfin, cette petite sœur-ci. N'est-ce pas, One ?

~

- Hein ?


Au réveil, One n'était plus là. La charrette qu'on est censée réparer et la maison inoccupée ont disparues. Je suis dans le lit où je dors habituellement.

- Oh... Ce n'était qu'un rêve.


Bien sur que c'était un rêve. Après tout, nous sommes grandes maintenant et notre voyage est achevé. J'ai tendance à penser que nous pourrions à nouveau revenir à ces jours, quand nous voyagions toutes les cinq mais... trop de choses ont changé.


En espérant une telle chose, j'avais fini par rêver du passé. De la One d'avant, quand Zero était parmi nous. Zero était bien la plus forte et la plus belle de toutes. Je l'aimais, je l'admirais si bien que j'aspirais à être comme elle. Je l'aime toujours. C'est ma sœur, ma famille. Je crois toujours qu'elle peut redevenir celle qu'elle était et que nous pourrons revivre ensemble. Ainsi, nous pourrions toutes être heureuses. Et peut-être que ça ne me dérangerait pas s'il manquait une ou deux de mes sœurs.


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