Le Rouge et le Noir

Source : Grimoire NieR -Project Gestalt & Replicant System-
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Traduction : Nashira
Vérification : Bdouine

Une ''vie quotidienne'' gagnée au sacrifice de tout le reste.
Les couleurs mouvantes dans l'ombre, reflètent le courage et la folie.


-1-

Un oiseau pépia non loin. Il fera surement beau aujourd'hui. Tout en ramassant un œuf dans l'herbe humide de la rosée, Nier regarda vers le ciel. C'était le dernier. Les poules ne donnent qu'un œuf par jour, difficile d'en oublier un.

- Tu as terminé ?

Le propriétaire des poules avait appelé Nier au moment même où il avait terminé de compter les œufs dans son panier. Nier opina et lui tendit la corbeille.

- Bon travail.

Un à un, l'homme compta les œufs et sourit.

- Ma femme se sent mieux, tu n'as plus à revenir désormais. Merci pour ton aide.

Durant cinq jours, sa femme était restée aliter, souffrante de la fièvre. D'habitude, c'était elle qui ramassait les œufs chaque matin.

- Voici ton salaire comme convenu, mais es-tu certain de ne pas avoir besoin d'argent ou de vivres ?

Alors que la femme de cet homme récupérait, Nier se levait avant tout le monde au village pour chercher les œufs à sa place. Tout ce qu'il avait demandé en échange de ce service était un jeune poussin né récemment.

- C'est parfait, Yonah sera contente avec ça.

- Je vois. Bien, choisis-en un dans la corbeille là-bas.

Tous les œufs avaient éclos la veille. Nier n'y connaissait pas grand-chose en poussin, mais il choisit celui qu'il pensa être le plus vif. Le poussin piailla de protestation, probablement ne voulait-il pas être séparé de ses semblables. Nier le tenait au creux de sa main et rentra chez lui au pas de course, prenant bien garde de ne pas l'écraser ou le faire tomber. Le village s'était éveillé rapidement. Il n'avait croisé personne quand il avait quitté la maison plus tôt mais les rues étaient maintenant bondées de monde. Alors qu'il répondait aux salutations, une voix l'appela. Il s'agissait de l'épicière.

- Tu arrives juste au bon moment, Nier, j'ai entendu que Popola t'avait envoyé lui cueillir des herbes aujourd'hui. Pourrais-tu me trouver quelques champignons en même temps ?

- D'accord.

Les gens n'aimaient pas s'aventurer en dehors du village. C'était dangereux et pénible. Ils devaient prendre de grandes précautions : il ne fallait pas attiser la colère des bêtes sauvages ou s'approcher des Ombres. Les villageois quittaient l'enceinte du village qu'à la mi-journée, mais ce n'était que pour quelques heures. Le matin comme le soir, ils doivent rester à proximité des villes et des villages...

- Ça te convient si je te paie en citrouilles ? J'en ai justement de très belles. Yonah en est friande, non ?

- Merci
, répondit Nier en continuant sa route.

Tout le monde au village était si gentil. S'il en avait été autrement. il n'aurait pas été surprenant que deux orphelins comme eux meurent dans la nature, même s'ils ont une maison héritée de leurs défunts parents. Traversant la place de la fontaine, Nier pouvait distinguer sa maison. Une petite silhouette se détachait dans l'encadrement d'une fenêtre. C'était Yonah. Elle disparu l'instant d'après, surement consciente du retour imminent de son frère.

- Bienvenue à la maison, grand frère !

Avant même que Nier ne puisse ouvrir la porte, Yonah s'était précipitée à l'extérieur. Elle était toute essoufflée d'avoir couru dans les escaliers.

- Me revoilà, Yonah. Mais je croyais t'avoir dit de ne jamais courir...

- Ah.

Yonah avait la santé particulièrement fragile. Elle avait tendance à attraper froid en toute saison et souffrait de fièvre à peine manquait-elle de sommeil. Si elle s'agitait, elle était prise de toux. Son estomac aussi était très fragile. Elle souffrait souvent de maux de ventre et il lui arrivait de vomir.

- Je suis désolée. Est-ce que je vais recommencer à tousser sans pouvoir m'arrêter ?

- Tu n'auras rien à condition que tu prennes un bon petit déjeuné. Rentrons vite, il y a une brise fraiche aujourd'hui.

Il entra et ferma la porte derrière lui.

- Je t'ai ramené quelque chose.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda Yonah, en levant la tête.

Il approcha ses mains jointes près de l'oreille de Yonah. Des petits piaillements se firent entendre à travers les doigts de Nier.

- Un poussin !

- Gagné. Approche, donne-moi tes mains.

Il posa le poussin délicatement entre les mains de Yonah. Le petit volatile sembla étourdi par la lumière soudaine, et il secoua la tête en gonflant son duvet.

- C'est tout doux et tout chaud !

- Comme ce n'est encore qu'un bébé, tu peux le garder dans la maison.

- Vraiment ?

- Nous en avions à l'époque où maman était en vie.

À l'époque, c'était la tâche de Nier de s'occuper des poules qu'ils gardaient derrière chez eux. Leur mère était bien trop occupée à soutenir la famille seule pour avoir le temps de le faire elle-même. Leur père travaillait dans une ville lointaine et il était rarement à la maison. Il mourut 'dehors' peu après la naissance de Yonah. C'est pourquoi Nier n'a gardé que peu de souvenir de son père. Aussi bien de son vivant qu'après sa mort, le quotidien de la famille était resté pratiquement le même.

Sa mère travaillait en faisant pousser divers fruits et légumes dans leur petit jardin. Elle confectionnait également des vêtements à la demande des villageois. Aussi loin que Nier s'en souvenait, sa mère n'avait jamais cessé d'œuvrer de ses mains. Jusqu'au jour où elle mourut. C'était il y a cinq ans. Nier avait dix ans et Yonah n'avait alors qu'un an et demi. C'était arrivé sans crier gare.

Lors d'une soirée, alors qu'elle touillait le contenu de la marmite, elle se retourna et demanda à Nier de lui apporter les assiettes se trouvant sur l'étagère. Soudainement, elle bascula sur sol tout en gardant la même posture, comme pétrifiée. Pris de panique, Nier avait couru à la bibliothèque pour chercher de l'aide auprès de Popola. Avec toutes les connaissances qu'elle avait acquises dans les livres, Popola devait certainement savoir quoi faire. Tout le monde la considérait comme une personne particulièrement intelligente. En jetant un coup d'œil sur sa mère, Popola secoua tristement la tête. Une mort si foudroyante était inconcevable. Elle est morte subitement, tel un objet cassé.

Même après que Devola, la sœur jumelle de Popola, soit venue les aider à mettre le corps de sa mère dans un cercueil, même lors des préparations des villageois pour les funérailles, Nier ne parvenait pas comprendre la réalité de la situation. Il n'avait même versé aucune larme.

Néanmoins, pendant l'enterrement, les affres de la tristesse l'assaillirent. Il avait senti sa gorge se nouer et ses yeux s'embuer. Il s'efforça de retenir ses larmes car Yonah s'était mise à pleurer. Elle était encore trop jeune pour comprendre la mort de sa mère. Elle était sans doute mal à l'aise en voyant son frère au bord des larmes. Nier lui adressa un sourire. Alors qu'il lui essuyait ces petites larmes, Yonah souriait à nouveau. En voyant ce sourire, Nier comprenait. Maintenant que ses parents sont morts, il était le seul en mesure de protéger sa petite sœur.

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