Dix Petits Nègres (5/5)

Source : Grimoire NieR -Project Gestalt & Replicant System-
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Traduction : Nashira
Vérification : Bdouine

Elle avait dû voir le danger par-dessus mon épaule, c'est pourquoi elle m'a plaqué au sol. Peut-être pour me remercier de l'avoir sauvée il y a trois ans de cela, ou peut-être parce que... Son livre commençait à briller. Je me précipitais à ses côtés. Si ça continuait comme ça, elle allait être aspirée par le livre. Je la tenais dans mes bras et serrait sa main très fort.

- Ne pars pas ! Je t'en prie, ne disparais pas !


Ses lèvres bougeaient. Quoi ? Que veux-tu me dire ? Je n'arrivais pas à comprendre sa langue. En y pensant, je ne savais même pas son nom. Puisque nous n'avions jamais escompté nous revoir à nouveau, nous ne nous étions jamais échangés nos noms. Soudainement, son corps disparut de mes bras et la main que je serrais fermement s'évapora. Tout ce qui resta d'elle, c'était un livre à la couverture rouge. C'était un rouge profond, purpurin, comme la couleur du sang. Le visage qui s'y formait n'avait pas la moindre ressemblance avec le sien. Tout devint blanc devant moi. Je pleurais. J'hurlais en pleurant. D'innombrables lettres, que je n'avais jamais vues avant, apparaissaient dans mon champ de vision. J'hurlais toujours.


Tout à coup, des bruits tenus revinrent. Puis, j'entendais des cris et plusieurs voix grondantes. De longs pics jaillirent du sol. D'un regard vide, je pouvais voir les autres se faire embrocher en un instant. En raison des étranges lettres obstruant ma vue, j'avais déjà totalement perdu le sens des réalités. Ma vision finissait par revenir à la normale. Un jeune homme se trouvait à l'autre bout de la pièce. Un rictus triomphant étirait ses lèvres, tandis qu'il tenait son livre dans sa main. C'était lui qui avait fait jaillir tous ces pics du sol. Apparemment, les étranges lettres m'avaient protégé de l'attaque.


J'avais survécu. Mais cette pensée ne me donnait aucune satisfaction. Je n'avais pas l'envie de rire victorieusement comme ce type en face de moi, mais d'un autre côté, je n'avais non plus envie de pleurer les morts. Franchement, je m'en moquais un peu. Alors, je vis quelque chose briller du coin de l'œil. Le livre. Mon livre commençait à émettre une lumière, malgré le fait que j'avais gagné le combat ! L'autre type se mit à hurler quelque chose d'un ton déconcerté. Sans doute qu'il pestait de la façon dont il avait été dupé sous couvert que les deux survivants pourraient s'en sortir. À vrai dire, les voix précisaient "Seulement deux d'entre nous devaient survivre", mais elles n'avaient jamais mentionné une quelconque libération.


J'avais le pressentiment que ça arriverait. Les haut-placés de l'organisation ne sont pas des enfants de chœurs. Après tout, l'utilisation de la luciférase comme un remède préventif contre l'albinovirus est un mensonge. Car même s'elle retarde l'incubation, elle n'évite pas la contamination. J'avais eu vent de ces rumeurs il n'y a pas si longtemps. Nous avions été dupés et utilisés à leur convenance. On nous avait donné ce remède avant d'être jetés à la source même de l'épidémie de l'albinovirus.
Les enfants enlevés par le joueur de flûte sont tous condamnés à tomber malade et mourir tôt ou tard. Ou alors, ils se transformeront en monstres, destinés à être tués par leurs anciens camarades.


Ce qui s'est passé dans cette pièce n'a été qu'une expérimentation humaine de plus. À partir du moment où nous avons été rassemblés ici, notre destin était scellé. Le type qui criait avait disparu et je voyais un visage se dessiner sur la couverture de son livre, teintée d'un noir de geais. Comme pour la fille, le visage qui y apparaissait ne portait aucune similitude avec son propre visage. En vérité, je ne saurais dire si je pouvais vraiment "voir" car mon corps avait déjà été aspiré par le livre. Je me demandais de quelle couleur allait être la couverture...

- Ah, je vois. Blanc. Le livre blanc. Grimoire Weiss.


Quel nom ridicule. Je ne pouvais m'empêcher de rire. C'est maintenant qu'une nouvelle farce commence. Maintenant que nous avons un nouveau visage, quel sera notre nouveau rôle ?


Je riais toujours...

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~ NOTE ~

And Then There Were None
Référence à l'œuvre d'Agatha Christie.


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