Chapitre 27

Drakengard 1 adapté en roman par Nashira
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Nashira
L'Œil Écarlate
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Chapitre 27

Message par Nashira »

C'est parti pour de l'improvisation dénuée de toute logique ! Wouhou ! C'est le commencement de la fin, aussi bien dans le scénario que dans le reste... enfin quoique... le chef d’œuvre est en péril depuis le commencement ^^'

Chapitre 27
Pluie de Pétales

Caim s’élança toute l’âme en feu. Il enfonça les doubles battants de la porte et déboucha dans une pièce étouffée par des remugles méphitiques… des remugles de sang. Étourdit par la force de cette odeur de mort, le crâne engourdit de malaise, il leva les yeux sur les murs souillés par des écritures sanguines :
« Meurs ! » disaient-elles.
Il déglutit et aperçu dans la pénombre tout au tréfonds de la pièce la lumière d’une colonne de cristal. Dans la clarté que répandait son faisceau, une forme délicate frémissait.
Étendue sur un lit débordant de poupées éventrées par des dagues, Furiae était vêtue de pourpre. Ses épaules nues étaient blanches et voutées. Elle tourna le visage vers lui et son regard s’illumina comme deux saphirs :
− Caim ! couina-t-elle.
Caim voulu se précipiter vers sa sœur.
− Je ne suis pas un traître, Caim !
Inuart apparut derrière lui, fou d’amour. Il s’interposa entre Caim et Furiae. Sur son visage blafard, ses yeux rougeoyaient de démence :
− Ne me prend pas pour un traître, répéta-t-il à Caim dans une voix fébrile. Écoute la prêtresse ! Nous allons créer un nouveau monde ! Un monde où Furiae est humaine ! Ouvre les yeux ! Nous pouvons survivre !
Le tintement d’un pas retentit. Furiae accourut vers eux, lourde et titubante. Opprimée sous sa charge invisible, elle s’agrippa aux épaules d’Inuart :
− Inuart…, soupira-t-elle le souffle court. Ne reste pas ici. Tu ne dois pas rester. Je t’en prie, sauve-toi… Sauve-toi maintenant…
Caim remarqua qu’elle était agitée de violents tremblements. Le pourpre qui l’habillait jurait avec la blancheur immaculée de sa peau. Furiae respirait manifestement très mal. Elle gardait une de ses mains autour de sa gorge comme si elle suffoquait. Soudain elle se cambra vivement en exclamant un cri de douleur, comme flagelée par le coup d’un fouet invisible. Elle s’écroula en gémissant, les mains crispée sur son cœur. Inuart s’agenouilla pour lui relever le menton, mais elle le repoussa vivement, recroquevillée, inévitablement livrée à son supplice. Inuart la contempla d’un air abattu. Puis il se releva et s’éloigna tête baissée, le pas trainant.
Le silence retomba dans la pièce. Caim contempla sa sœur avec malaise. Elle était mortifiée, si opprimée par le poids du sceau qu’elle ne parvenait même plus à supporter son propre corps.
Il y eut le retentissement d’un rire démoniaque. Ce son effroyable se renvoya en écho dans toute la salle, empreint d’une perversité diabolique. Caim secoua la tête en tout sens. Furiae geignit et se ramassa d’avantage sur elle-même.
La voix qui avait rit parla de son ton méphistophélique :
− Ne parle pas des Archanges. Ne peins pas les Archanges. N’écris pas les Archanges. Ne sculpte pas les Archanges. Ne célèbre pas les Archanges. N’appelle pas le nom des Archanges.
Caim eut un haut-le-cœur. Il chercha du regard la source de cette voix lugubre. Alors, subrepticement, une ombre se mut à travers la colonne de cristal bleu.
Une petite fille venait d’apparaître. Elle était habillée d’une robe rouge écarlate. Ses cheveux étaient d’un blond platiné. Ses yeux flambaient d’une lueur pourpre infernale. Les bras nonchalamment croisés dans son dos, elle tourna autour de Furiae en chantonant :
- La-la-la-la-la. La-la-la-la-la. Les Archanges ne rient pas. Ils ne doivent pas s’éveiller.
Caim s’horrifia d’entendre cette fillette s’énoncer avec le son d’une telle voix de démon. Il comprit que le rire qu’il avait entendu avait jaillit du gosier de cette enfant… La fillette aux yeux rouges se retourna sur Furiae. Le corps de la déesse se souleva comme porté par une main invisible et fut plaquée contre la colonne de cristal bleu. Furiae exclama un hoquet appeuré. Ses yeux imploraient l’aide de son frère. Mais Caim était le bougeait pas.
La petite fille ouvrit grand la bouche. Cette fois encore, la voix qui s’en échappa était celle d’un démon :
− Je ne suis qu’une fille, dit-elle à l’adresse de Furiae.
Au fur et à mesure qu’elle parlait, sa voix se mêla à une autre, bien plus douce que la première. Jusqu’à ce qu’elle retrouve le timbre d’une voix humaine. Mais sa voix de petite fille restait empreinte de malin :
− Une fille normale et simple… Mais qu’est-ce que c’est ? Ce sentiment ? dit la fillette qui tordit son visage en une grimace répugnée.
Furiae hoqueta. La main invisible qui l’écrasait contre la colonne était si forte qu’elle ne pouvait même pas se débattre. La fille aux yeux rouges exécutait des cercles concentriques autour d’elle, tel un charognard tournant autour de sa proie moribonde. Elle grimaça de plus belle :
− C’est quoi, ce sentiment ? insista-t-elle.
Furiae frissonna. Un nerf frémit sur le visage de Caim. De quoi donc parlait cette enfant ?
− Non ! souffla Furiae d’un ton implorant. Arrête, ne…
− Oublie le sceau et aide-moi ! s’écria la petite fille alors que progressivement sa douce et innocente voix déclinait pour se changer à nouveau en celle d’un démon. Oublie le sceau et aide-moi ! Homme stupide ! Oublie le sceau. Aide-moi, pauvre imbécile ! Touche-moi, prend-moi. Embrasse-moi, grand frère…
Caim sentit son estomac s’appesantir. Il fixa alternativement sa sœur puis la fillette. Il chercha à déceler dans ses yeux rougeoyants les traces du mensonge. Il espéra trouver dans le regard de sa sœur la conviction que ce qu’il entendait n’était que calomnie… mais les yeux de Furiae étaient noyés dans les larmes de la honte.
− Je vois tes désirs brûlants ! s’esclaffa la fillette de sa voix infantile.
− Non ! dénia Furiae en se lamentant, non ce n’est pas vrai… Tu mens !
− Tu me dégoutes ! tonna la fillette en crachant. Tu me dégoutes ! Tu es dégoutante ! Je te déteste. Ce monde doit être purifié !
− Non, c’est faux. Tu mens…
− Je suis sale ! scanda la petite fille. Je suis sale ! Perverse ! Je ne mérite pas d’être divine ! Oh, mon frère ! Pitié, par pitié prend-moi, mon frère !
− Jai tellement honte ! sanglotta Furiae.
La force qui l’acculait à la colonne de cristal bleu la libéra de son emprise. Furiae haleta de douleur et de chagrin.
− Tu es incapable de jouer à la déesse, dit la fillette en riant. Que vas-tu faire maintenant ?
Furiae était agitée de spasmes. Tout l’accablait… Inuart était corrompu… Caim connaissait son secret indécent… Cette fillette qui la regardait de ses yeux rouges… Et ce poids, ce poids qui l’écrasait ! La douleur du sceau était un martyre ! Cette souffrance incoercible ! Qu’était-elle sensée faire ?
L’esprit ravagé, elle implora son frère du regard, lui qui était l’unique homme qu’elle n’ait jamais aimé. Mais les yeux de Caim étaient assombris par le dégoût. Jamais il n’avait soupçonné ce sentiment sacrilège dans le cœur de Furiae. Son visage se détourna d’elle.
Ce geste provoqua la fin de tout.
Furiae sentit que tout s’écroula en elle. L’amour immodéré qu’elle avait pour son frère était tout ce qui lui avait donné une raison en vivre en tant que déesse. Mais maintenant que Caim la voyait telle qu’elle était, impure et immorale, plus rien ne la retenait au bord du précipice. Elle chancela et aperçu les poupées de chiffon sur le lit. Elle se jeta en avant pour s’emparer d’une dague à la lame éclatante. Caim s’élança. Trop tard…
Avec un choc si considérable qu’il en fut cloué sur place, Caim vit la lame disparaître dans la poitrine de Furiae. Et il eut l’impression que ce fut son propre cœur qu’on creva. Le sang de Furiae goutta sur le sol. Elle tituba, gémissante, contre la colonne de cristal bleu. Son cœur cessa de battre. La chaleur, la douleur et le ressentiment la quittèrent. Si c’était cela, la mort, elle était une bénédiction. Dans un dernier instant, elle contempla la figure épouvantée de son frère qu’elle aimait tant et le supplia :
− Ne me regarde… pas…
Sa tête dodelina et elle rendit son dernier souffle. Ses paupières voilèrent ses yeux larmoyants. Un vide surgit dans le cœur de Caim. Un vide terrifiant, incommensurable, sans aucune comparaison. Il s’affaissa sur ses genoux, hurlant jusqu’à s’en déchirer la gorge. Mais son cri était sans son… Vidé de tout souffle, il resta sans bouger, le dos voûté, les poings serrés, la tête pliée sous les affres du dépit.
« Caim ? Caim ? »
Qu’était-il donc venu faire ici ? Sauver sa sœur ? Terrifiée par ses désirs incestueux, elle s’était plongé une dague dans le cœur !
« Caim, répond-moi ! Caim ! »
Comment avait-elle fait pour l’aimer autant ? Pourquoi l’avait-elle aimé autant ? Pourquoi s’était-elle infligé un tel affront ? Pourquoi n’avait-elle pas pu l’aimer simplement comme un frère ?
« Caim je t'ordonne de me répondre ! Que s’est-il passé ? »
Pourquoi n’avait-il jamais remarqué les sentiments de Furiae ? Comment avait-il fait pour ne jamais remarquer la souffrance dans le cœur de Furiae ? La précellence de sa haine l’avait-elle aveuglé devant toutes circonstances ?
« Caim ? La déesse a été assassinée ? Ressaisis-toi ! Les Germes se répendent ! »
Caim entendit l’appel du dragon au cœur du maelström de catatonie qui faisait rage dans son corps. Il l’entendait, mais il ne voulait pas l’écouter. Il ne voulait pas éprouver cette empathie, il ne voulait pas ressentir cette voix glaciale. Cependant, la puissance du pacte est imparable :
« Sois fort, Caim » dit le dragon « Le monde est en grand danger ! Relève-toi ! Laisseras-tu son sacrifice en vain ? Caim ! »
Un rire diabolique mêlé à la voix d’une petite fille retentit. Caim releva la tête, et sous les mèches de ses cheveux sombres, ses yeux s’allumèrent d’une haine dévastatrice. Il avait devant lui la créature la plus puissante de l’Empire… La fillette le regardait, ses yeux pourpres pétillaient de malice :
− Les Archanges rient aussi ? fit-elle de sa voix monstrueuse.
Caim se dressa, plus virulent qu’un serpent qui s’élance pour mordre. Il leva son épée, banda les muscles de son corps pour frapper, mais une force le retint :
« Imbécile ! Reste calme ! Contrôle ta colère ! Abandonne tout derrirère toi et reviens ! »
Les portes s’ouvrirent en un grand fracas et une voix s’écria :
− Non ! Caim ! Ne frappe pas ! Laisse ma sœur tranquille !
Seere s’interposa devant la fillette, les bras écartés, les joues rougies :
− Laisse ma sœur, supplia-t-il, la voix entre-coupée.
L’épée de Caim lui glissa presque des mains. Derrière Seere, la fillette aux yeux pourpres eut une voix amère :
− Petit frère. Petit démon…
− Je vous avais dit que je sentais une odeur de sang, s’exclama la voix folle d’Arioch qui regardait les murs. Un doux fumet de sang !
L’elfe et Léonard étaient entré à leur tour.
− Quoi ? couina la fée en voyant Seere et la petite fille côte à côte, il y a deux têtards maintenant ? Ils sortent de terre comme des vers !
− Deux mignons ? s’exclama Arioch en se pourléchant, le regard fou. Oh, oui ils sont bien deux ! Deux trésors ! Mes enfants, venez !
− Silence, Arioch, imposa Léonard.
Arioch s’immobilisa servilement mais non sans soupir. Léonard orienta son visage vers la colonne de cristal bleue :
− La déesse, murmura-t-il avec gravité.
− Oui, enfin... plutôt ce qu’il en reste ! rit le sylphe.
Seere continuait de défier Caim. Sa petite voix était toute empreinte de regret :
− Laisse Manah tranquille, Caim, je t’en suplie. Manah est ma sœur jumelle !
Caim était abasourdit. Ces enfants étaient si semblables et à la fois tant différents... Les yeux de Seere étaient d’un bel éclat smaragdin, alors que ceux de Manah brasillaient comme deux rubis. Aussi sûr que l’innocence, la candeur et le bien se reflétaient sur le premier, le malin, l’aversion et l’horreur s’inscrivaient sur l’autre.
Seere voulait sauver sa sœur. Mais Manah ne semblait éprouver que mépris envers son frère. La voila donc, l’enfant privée d’amour et abandonnée par sa mère. Elle est la prêtresse des Archanges, l’impératrice suprême, la destructrice des mondes. Son corps d’enfant, ses yeux de vieillarde et son esprit diabolique faisaient de Manah un être unique et invincible.
− Tu ne comprends pas, dit Seere à Caim. C’est ma faute si elle est devenue comme ça… Maman ne l’a jamais aimée… Elle ne s’occupait que de moi et elle la méprisait… Elle la frappait… Maman la punissait tout le temps. Elle…
Un sanglot s’éleva. Manah avait enfouit son visage dans ses petites mains gantées de rouge :
− Maman ! gémit-elle.
Seere la prit affectueusement par les épaules.
− Sois forte Manah, lui chuchotta-t-il. Maman est…
Il hésita l’espace d’un instant et finit par lâcher en un soupir :
− Maman est morte…
Quand Manah releva la tête, ses yeux rouges brasillèrent d’alacrité. Elle repoussa Seere d’un revers de main et se mit à danser :
− La-la-la-la-la ! Les Archanges sont là ! Ils ne regrettent rien ! Ils sont invincibles ! La-la-la-la-la !
La main sur sa joue, Seere regarda tristement danser la prêtresse des Archanges. La joie de Manah l’effrayait.
Caim était ivre de colère. Ce que Seere tentait de lui faire entendre ne l’intérressait pas. Qu’elle soit sa sœur ou non, cette créature ne méritait que la mort. Mais le joug du dragon l’empêchait toujours d’abattre son épée. Il tenta de repousser cette emprise qui l’entravait, mais ce combat mental demeurait vain. Résigné, il abaissa son arme et se retourna face au mur ensanglanté.
Un son vrilla dans son esprit et dans celui des autres :
« Caim ! La capitale ! Elle est une ruine ! Les Germes ! Le ciel ! Le ciel ! »
− C’est la voix de Verdelet ! s’écria Léonard.
Furiae, le dernier sceau protecteur gisait sans vie ; les Germes de la Résurrection se répandaient en ce moment même ! Il ignorait encore par quelle façon, mais il fallait détruire ces abominations ! Avant que quiconque ne puisse s’en emparer ! Autrement, le monde entier tombera.
« La destruction du monde sera aussi ta perte, Caim ! » vociféra en lui la voix du dragon « Laisse ta colère ! Reviens ! »
Caim contempla une dernière fois le corps inerte de Furiae. Le moment du deuil devra attendre. Il devait empêcher le monde de se disloquer !
Manah le fixait avec un sourire diabolique. « Vas-y ! » disait son sourire « Je te mets au défit d’essayer ! »
Le visage avachit, Caim tourna les talons et s’élança, se jurant à lui-même qu’il fera mourir cette enfant de ses propres mains. Léonard, Seere et Arioch lui emboitèrent le pas.
− Hum, maugréa Arioch en s’éloignant. Toujours rien à manger…
Laissée seule, Manah s’avança lentement vers le corps de Furiae. Puis, toujours avec une certaine indolence dans ses gestes, elle répandit une poignée de pétales de roses aux pieds de l’âme brisée.
♋ - ♑
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